« Total Recall », les hommes (re)viennent de Mars

Doug Quaid fait un rêve récurrent où il se trouve sur Mars avec une jeune femme brune. Excédé par ce cauchemar, il se rend chez la société Rekall qui propose de lui implanter le souvenir d’un voyage touristique paisible sur la planète rouge…

Cinq ans après RoboCop, Paul Verhoeven hérite à nouveau d’un scénario qui aurait pu être réalisé par David Cronenberg. Développé initialement par Ronald Shusett et Dan O’Bannon, qui le laissent de côté le temps de créer Alien, le scénario passe entre de nombreuses mains et plusieurs acteurs et réalisateurs sont envisagés avant qu’Arnold Schwarzenegger ne le récupère, imposant le cinéaste hollandais dont il avait apprécié RoboCop. Il faut dire que l’adaptation d’une nouvelle de Philip K. Dick, qui emprunte également au Guide du voyageur galactique de Douglas Adams, a quelques points communs avec la fiction policière : une large place laissée à l’action et à des combats violents, un protagoniste masculin qui se retrouve dans la peau d’un surhomme alors qu’il cherchait juste à mener normalement sa vie, et une critique de la société capitaliste qui accroît les inégalités.

Cette fois-ci, ce n’est plus dans une ville futuriste américaine mais carrément sur la planète Mars que se tient la dystopie dans sa majeure partie. C’est au Mexique que les décors de la rocheuse rouge ont été composés, avec force effets organiques qui ont dans l’ensemble assez bien supporté le passage du temps. On est dans une science-fiction assez classique, avec un fond social très marqué autour de la distribution de l’oxygène, une denrée rare sur une planète sans atmosphère, détenue par une compagnie puissante (où l’on retrouve Ronny Cox en méchant capitaliste sans scrupule) qui exploite les petites mains et les asservit par le tarif exorbitant d’un air même pas correctement filtré (en témoignent les mutants affreusement mutilés par les radiations – gros boulot de maquillage pour les rendre hideux à souhait).

C’est dans ce contexte que Verhoeven filme l’affrontement multipartite qui met en présence Coohagen (Cox) et son homme de main (Michael Ironside), la compagnie Rekall, Quaid (Schwarzy) et ses deux compagnes autoproclamées, la blonde (incarnée par Sharon Stone) et la brune (par Rachel Ticotin). Avant d’en arriver à des combats chorégraphiés filmés avec des angles de vues et un montage dynamique toujours soignés pour nous plonger au cœur de l’action et nous faire vibrer, le scénario nous fait passer par la case Terre pour mettre en place son piège mental, qui donne son titre à l’œuvre. À travers ses rêves et ce fameux souvenir à implanter, Quaid se retrouve pris dans une réalité toujours remise en doute, à plusieurs niveaux de lecture, de sorte que lui, comme les spectateurs/trices, ne savent jamais quand ce qu’il vit est réel ou simplement une projection de son esprit. Et plus l’intrigue se déploie, plus les remises en doute sont profondes, dans une logique de mise en abyme qui n’est pas sans faire penser à ce que Nolan met plus tard en place dans Inception (on pense aussi à Eternal Sunshine of the Spotless Mind avec l’idée de mémoire effacée). Mais l’écriture est plus fine, ne faisant jamais sentir le besoin de surexpliquer ses choix, laissant le doute planer avec une certaine subtilité, quand bien même ce qu’on voit à l’écran ne l’est pas toujours, jouant allégrement des esthétiques pulp et grotesque chères au cinéaste.

Si Schwarzenegger s’acquitte avec forces têtes amusantes et usage de ses gros bras de son rôle, il faut aussi souligner des secondes lames tout à fait affutées : Mel Johnson (Benny le taxi) qui s’en donne à cœur joie avec sa partition fun et retorse, et Sharon Stone délicieuse en caricature de l’épouse soumise et cruche qui cache bien son jeu d’agent de qualité. Quand les hommes sont perdus et se laissent balader par leurs adversaires, les femmes restent fortes, maîtresses d’elles-mêmes et de la situation, une récurrence avec le personnage de Nancy Allen dans RoboCop qu’on ne peut qu’apprécier, d’autant plus pour l’époque. Le seul regret consiste dans la fin bâclée qui abuse des clichés et des effets dégueu alors qu’un peu plus d’originalité n’aurait pas fait de mal, quand bien même le choix de Verhoeven appuie le côté parodique du métrage.

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