« Onoda », toute une vie en guerre

onodaN’ayant pu devenir pilote à cause de son vertige, le jeune Onoda est recruté pour devenir un agent de « la guerre secrète », chargé de mener la guérilla contre les Américains dans les montagnes de l’île philippine de Lubang…

Avant même de réaliser son premier long-métrage, Diamant noir, Arthur Harari avait exprimé l’envie de réaliser une œuvre d’aventure, et c’est une conversation avec son père qui a fait germer l’idée de s’intéresser à la figure d’Onoda Hiroo, un soldat de l’armée japonaise qui refusa de rendre les armes à la fin de Seconde Guerre mondiale, considérant que sa mission n’était pas terminée.

Le projet est d’une envergure dingue pour un film français, car force est de constater qu’en dépit de propositions extrêmement réjouissantes et variées, rarement le cinéma hexagonal récent s’est embarqué dans des films de guerre ou d’aventure à l’autre bout du monde. Il faut donc déjà saluer l’ambition d’Arthur Harari (et son producteur Nicolas Anthomé dont c’est le premier long de fiction), qui pour son deuxième long n’a pas eu peur de risquer d’avoir les yeux plus gros que le ventre. Le réalisateur a réussi à composer un casting impressionnant, choisi en partie grâce à l’interprète du tournage. Il y a quelque chose de touchant dans l’idée d’un projet aussi complexe à mettre en place et comportant autant de difficultés que ce que les personnages rencontrent à l’écran. Cependant, sauf à penser à ce travail titanesque, le film n’est pas tellement là pour émouvoir. Ce n’est pas tant le fait de ne rien savoir ou presque du passé des personnages, car d’autres survivals ont joué cette carte tout en bouleversant (on pense en particulier à Arctic). Plutôt quelque chose liée à la distance adoptée par la mise en scène et une forme de dignité japonaise qui empêche majoritairement les épanchements.

Si on n’est pas émotionnellement retourné par le métrage, cela n’empêche pas celui-ci de réussir sur les plans intellectuel, narratif et quasi-documentaire. On sent la patte de Vincent Poymiro, le co-scénariste, dans la fascination pour les destins sacerdotiques : Onoda a des traits communs avec certains des séminaristes d’Ainsi soient-ils et Adel Chibane d’En thérapie dans son jusqu’au-boutisme. Plus symbolique qu’humain à l’écran sous les traits impassibles de Yûya Endô, il devient la figure du devoir absolu, de l’obéissance à ses valeurs et aux ordres, de la folie qui guette à force de s’oublier, aussi. Dans le style, si Harari annonce comme influence majeure John Ford, on pense également à la décennie des films américains sur la guerre du Viêtnam, en particulier Outrages pour les conflits au sein de la troupe armée, le cheminement dans les montagnes écrasées d’une chaleur lourde et le passage avec l’otage féminine. Clairement, l’aspect grande fresque d’Onoda et même le grain de l’image font nettement plus penser à un classique du cinéma US qu’à un métrage français contemporain, et il y a quelque chose de particulièrement séduisant dans cette capacité à se défaire absolument des codes du cinéma de son propre pays pour aller vers autre chose.

Cette autre chose reste hybride avec un recrutement pour intégrer une école d’agents secrets à la Kingsman, une séquence de construction de cabane en palmes sous la pluie digne d’un épisode de Koh-Lanta, des techniques de survie grâce aux fruits locaux façon Bear Grylls. Par moments, on pourrait presque prendre le métrage pour un documentaire sur la vie dans la jungle, avec de très nombreux plans de feuillages ou de falaises. Ce qui ramène le film à son essence sérieuse, y compris quand Onoda se laisse déborder par des théories complotistes fumeuses ou quand surgit un touriste inopiné, c’est avant tout cette figure sombre et sobre de Yûya Endô et la sublime bande-originale composée majoritairement par Olivier Marguerit. La musique reflète la frugalité et l’isolement de la vie d’Onoda et de sa poignée d’hommes, avec des lignes très claires et des sonorités cristallines. Une proposition forte et marquante mais exigeante.

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