« Wendy » : vieillir est une aventure

Lorsque son voisin, le petit Thomas, disparaît, Wendy Darling est la seule à l’avoir vu grimper dans un train à la suite d’une mystérieuse silhouette enfantine. Quelques années plus tard, elle a l’occasion d’embarquer à son tour avec ses deux frères pour une grande aventure…

Quelques années après Les bêtes du Sud sauvage, Benh et Eliza Zeitlin retrouvent la Louisiane pour un nouveau film à hauteur d’enfant en pleine nature. Le tandem réécrit copieusement le Peter Pan de J. M. Barrie pour le faire entrer dans son propre univers.

Il y a bien quelques petits éléments de l’œuvre classique que l’on retrouve : un petit Peter qui refuse de grandir, l’attaque d’un bateau, l’idée que ce en quoi on croit existe, et Wendy Darling. C’est à peu près tout. Point du folklore auquel Disney nous avait habitué(e)s : ni Fée Clochette, ni Lily la Tigresse, ni crocodile qui a avalé un réveil, ni poudre magique pour s’envoler, et encore moins d’un chien comme baby-sitter. Les relectures de Peter Pan ont beau avoir été nombreuses, celle-ci réussit à surprendre par la radicalité du déplacement. Adieu la bourgeoisie anglaise, c’est dans un diner cheap en bord de voie ferrée que grandit Wendy Darling, avec ses deux frères devenus ses aînés et des jumeaux (et changeant au passage de prénoms pour devenir James et Douglas). La localisation de l’intrigue dans un milieu modeste en Louisiane permet un casting d’enfants non-professionnels empreint d’une diversité bienvenue. Sur l’île du Pays imaginaire (une île volcanique des Antilles), les Darling et leur petit voisin se mêlent à une population enfantine de tous âges et d’origines ethniques variées, à l’image du petit Peter (Yashua Mack). L’esthétique relativement naturaliste appliquée aux jeux d’enfants, filmés en lumière et décors naturels et à leur hauteur, renvoie l’idée du Pays imaginaire à une forêt où les éléments font l’objet d’une sorte de culte. Les enfants passent leur temps dans l’eau, découvrant des grottes à chaque plongée, ou à invoquer le volcan pour qu’il crache des fumerolles. Les jeux sont nettement moins narratifs qu’on aurait pu s’y attendre. Pour l’essentiel, ça court, ça plonge, ça se roule dans la boue, et ça crie. Beaucoup. On a l’impression que l’équipe du film a demandé aux enfants de lâcher les chevaux et de s’en donner à cœur joie sans davantage les diriger, ce qui peut apporter à la fois une certaine fraîcheur et une forme d’hystérie sonore rapidement insupportable pour les adultes spectateurs/trices.

Plus appréciables, les moments sous l’eau au son étouffé, et en particulier les apparitions oniriques de la Mère, sorte de méduse mystique qui semble habiter sous le volcan et communiquer par son biais avec les enfants. Cette divinité de la nature permet de donner à l’intrigue une coloration écologique, lorsque le combat entre générations devient, plus qu’une affaire de pirates, la lutte entre des pêcheurs et des enfants souhaitant protéger le matrimoine naturel de l’île.

À force d’intensité qui ne retombe jamais, le film finit par épuiser, bien qu’on se soit un temps laissé porter par sa bande-son épique très réussie. Le devenir des jumeaux est trop tiré par les cheveux pour vraiment accrocher, et en dehors des apparitions aquatiques de la Mère, le côté sale et boueux finit par l’emporter sur l’idée de joie et de magie. On se retrouve avec un portrait de la vieillesse comme terrible décadence et du temps qui passe comme séparateur absolu. Difficile après cela d’adhérer pleinement à une fin qui voudrait nous convaincre qu’accepter de vieillir n’est pas rentrer dans le rang mais s’engager dans une autre forme d’aventure. En dépit de l’abattage extraordinaire de la petite Devin France, le film n’offre que peu de place à l’expression psychologique de Wendy au fil du temps, son évolution étant réduite à une conclusion bâclée. On reconnaît au film une vraie personnalité esthétique et de l’audace dans ses partis-pris, malgré tout il manque la magie et l’affection qu’on pouvait ressentir pour Peter et Wendy dans d’autres versions. Il manque aussi de l’humour et de la légèreté dans cette réécriture excessivement sombre dans le fond, où la morale semble être que les enfants livrés à eux-mêmes sont voués à subir les pires maux, à l’instar de James au destin atroce.

6 commentaires sur “« Wendy » : vieillir est une aventure

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  1. J’étais intriguée (sans être décidée à aller le voir en salles) par ce film car j’avais beaucoup aimé Les bêtes du Sud sauvage. Ton article me laisse à penser que je ne vais pas en faire une priorité…

      1. Peut-être, c’est pour ça que je n’exclue pas de le voir un jour, mais je n’avais aucune attente envers Les bêtes du Sud sauvage, ce qui n’est pas le cas quand on parle d’une réappropriation d’une histoire bien connue. J’avoue que ce que tu dis sur Wendy m’a refroidie de même que cette intensité trop bruyante. ^^

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