« Cinquième set » : revers de fortune

Thomas J. Edison a été un espoir du tennis français, puis sa carrière a dégringolé après une demi-finale manquée à Roland-Garros. Après une longue absence pour blessure au genou, il revient, déterminé à disputer à nouveau ce tournoi, à presque 37 ans…

Parfait timing pour la sortie de Cinquième set, qui va pouvoir prolonger pour les amateurs/trices de tennis l’émotion d’un Roland-Garros qui vient de s’achever, avec des problématiques de passation de générations (abandon de Federer, écrasante victoire des Français(es) avec quatre finalistes sur quatre pour le tournoi junior, succès de Nicolas Mahut à presque quarante ans en double…). Le film de Quentin Reynaud, après Paris-Willoughby, premier long très oubliable, a plus de corps et pour cause, il s’inspire de sa propre expérience de tennisman. Le résultat constitue une claque inattendue, et un premier rôle consistant pour Alex Lutz, qui renonce à toute velléité comique pour ce personnage déchiré et déchirant.

Cinquième set a parfaitement compris l’intérêt d’un « film de sport » : arriver à nous captiver bien plus qu’un événement sportif réel, en nous plongeant dans la peau de son protagoniste et en nous permettant de découvrir tout ce qui entoure et précède le climax qu’est la compétition. Pour autant, il ne faudrait pas imaginer le film comme un documentaire sur les coulisses de la vie de champion. Il y a une vraie écriture de fiction, avec des personnages complexes, scrutés de près par une caméra qui sait ce qu’elle cherche à faire ressentir : majoritairement la souffrance. Ultra tendu, porté par des violons douloureux, Cinquième set est le chant du cygne d’un homme qui refuse de s’avouer vaincu. C’est ce qui le rend à la fois si égoïste, fermé au ressenti de son épouse, si borné, incapable d’envisager une vie qui ne soit plus entièrement dédiée à sa passion, et tout de même si méritant, quand il n’y a plus que lui-même pour croire en ses capacités. Le film montre la pratique du sport à haut niveau comme une drogue dont le personnage de Thomas ne peut se passer, à la fois pour l’adrénaline du terrain, pour la quête de gloire et pour des motifs personnels assez classiques (retrouver la fierté de sa mère, interprétée avec beaucoup de finesse par Kristin Scott Thomas). Une famille qui ne vit à ce point que par le tennis, cela paraît fou pour les non-initiés, et pourtant, l’obsession est partout, jusqu’au gâteau d’anniversaire du petit Gaspard. En filigrane, d’autres thématiques sont abordées, comme les sacrifices consentis par l’épouse (Ana Girardot), autrefois joueuse elle aussi, que le regard de son enfant ramène à sa condition : être devenue un faire-valoir. C’est terrible, tragique, mais plein d’élan et de souffle, jusque dans la longue scène finale de match, en forme de choc des générations, et filmée d’une façon qui convainc davantage que les matches précédents, certes au plus proche de l’action avec la caméra épaule mais si mobile qu’on finit par ne plus rien voir et succomber au mal de mer. En même temps, c’est une façon supplémentaire de nous faire ressentir le mal-être de Thomas, pion consentant d’un système qui rejette ceux qui ne brillent plus aussi vite qu’il les a portés au pinacle.

Après le récent Slalom, Cinquième set constitue une autre facette de l’interrogation sur la fabrique des champion(ne)s : quels maux consent-on de passer sous silence pour faire briller des étoiles avant de les reléguer au placard ?

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