« Médecin de nuit » : un sang d’encre

Mikaël entame une nuit de travail sous de mauvais auspices : sa femme s’est fâchée contre lui et son cousin pharmacien refuse qu’il arrête leur trafic de fausses ordonnances…

Présenté au Festival du Film Francophone d’Angoulême en 2020, ce film avait pour atout premier un titre comme une promesse. Celui de s’ajouter à la longue liste des films dans le milieu médical (Médecin de campagne, Les traducteurs, Les vétos…), un secteur professionnel qui séduit souvent les cinéastes, à commencer par le médecin lui-même Thomas Lilti, mais aussi dans d’autres auteurs/trices non issus du milieu mais qui ont su en faire percevoir la face cachée (ainsi dans L’ordre des médecins ou Voir le jour récemment). Ce Médecin de nuit évoque la promesse d’une galerie de consultations à domicile, quelque part entre Tirez la langue, mademoiselle et La fille inconnue. Et en effet, au fil de la nuit qui constitue l’unité temporelle du film, on assiste à plusieurs consultations, essentiellement avec des personnes victimes d’angoisses que la présence du médecin rassure. Ces scènes sont appréciables par leur réalisme et une certaine forme de douceur qui se dégage du rapport du soignant avec les patient(e)s, en particulier chez celle qui se met au piano. Mais ce n’est pas le cœur du film d’Élie Wajeman, qui de son passage par Le bureau des légendes semble avoir conservé un goût pour la tension et le sentiment de danger. Le métier de Mikaël est presque un prétexte, qui sert à placer le protagoniste au cœur d’un film noir où la menace semble se rapprocher d’heure en heure. Dans ce Paris nocturne bleuté, qui est bien plus celui des SDF drogués que de la Tour Eiffel illuminée, les certitudes de la vie familiale vacillent, et le père de famille banal se transforme en gangster, avec tous les à-côtés du rôle (y compris la liaison avec la sulfureuse Sophia – Sara Giraudeau qui fait figure d’apparition irréelle). On n’aurait clairement pas imaginé Vincent Macaigne dans ce rôle, lui si habitué au type bonne pâte, bafouillant et batifolant dans des univers décalés. Mais c’est une bonne surprise de le découvrir si crédible qu’on en oublierait qu’il s’agit de lui lorsqu’il colle une beigne à un trafiquant. À ses côtés, on retrouve Pio Marmai, qui poursuit son exploration des personnages à la limite du système, ici en camouflant des activités douteuses sous l’apparence d’un honnête pharmacien, une image du métier qu’on n’aurait pas forcément imaginée non plus.

Même si la fin ne résiste pas à un symbolisme pas forcément du meilleur goût, ce film noir de bonne tenue exploite assez bien son contexte médical et interroge sur les conflits de loyautés entre famille, travail, désirs et idéaux.  

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