« Les deux Alfred » : papa start-upeur

Alors que sa femme est partie en mission à l’étranger, Alexandre s’occupe seul de ses deux jeunes enfants, et doit trouver un travail. Pour être embauché dans une start-up, il se déclare sans enfant…

Auréolé du label Cannes 2020 aux côtés de très bonnes comédies telles qu’Antoinette dans les Cévennes ou Le Discours, le nouveau film de Bruno Podalydès se pare d’un titre énigmatique. Qui sont donc ces deux personnages au même prénom ? Le début du film nous les présente sous la forme de deux petits doudous appartenant à Ernestine, la cadette d’Alexandre (Denis Podalydès).

On ne sait pas très bien de quoi il va être question de prime abord, à l’instar de Comme un avion qui avait charmé par sa fantaisie, son humour et sa tendresse, mais qui ne présentait pas un arc narratif très clair. Ici, l’enjeu principal pour Alexandre est de prouver à son épouse partie en mission dans un sous-marin qu’il peut s’occuper des enfants et devenir indépendant financièrement. Comme souvent avec Bruno Podalydès, il faut une rencontre fortuite pour lancer la mécanique de l’intrigue. Ici, c’est celle d’Arcimboldo (surnom dû à une particularité physique), incarné par le réalisateur lui-même, un bidouilleur professionnel qui cumule les micro-jobs et les idées farfelues.

À son contact, Alexandre perd un peu de son côté trop lisse et réussit assez miraculeusement à décrocher un emploi dans la start-up qui devient le cœur de l’histoire. Il est là, le vrai sujet de ce film, qu’on pourrait appeler décalé mais qui est en fait tout sauf ça, les deux pieds ancrés dans la réalité d’un monde du travail à peine futuriste. Certes, nous n’avons pas encore ces drones bleus pour nous rapporter les objets oubliés à la maison ni cette voiture autonome qui n’en fait qu’à sa tête (elle est cause des meilleures répliques et gags du film, constituant un personnage à part entière avec un sacré caractère). Mais le jargon franglais incompréhensible du patron (Yann Frisch) ressemble fort à ce qu’on peut vraiment entendre dans les bureaux d’une entreprise parisienne de la tech. La trouvaille supplémentaire, qui rajoute du sel à l’intrigue, c’est la ligne directrice childfree de l’entreprise. Retournant habilement l’injonction sociale à enfanter, le film imagine une interdiction de procréer dans une boîte qui veut que ses employé(e)s puissent se rendre disponible à toute heure, une sorte d’esclavage déguisé sous l’apparence d’une cour de récré avec trampoline et table de ping-pong. Comme dans Effacer l’historique, les travers de notre société n’ont pas besoin d’être beaucoup grossis pour nous apparaître comme les aberrations qu’ils sont (on retrouve d’ailleurs l’idée du livreur épuisé). Mais en dépit d’éléments communs d’observation, le film de Bruno Podalydès se veut moins social que celui du duo Kervern-Delépine, avec un mélange d’humour, de romance, d’aventure du quotidien. Porté par des prestations de haut niveau (Sandrine Kiberlain en bosseuse qui pète les plombs et la géniale Luàna Bajrami qu’on voudrait voir dans tous les films), le film nous balade avec humour et tendresse dans un univers impitoyable mais dépeint avec beaucoup de charme. Caustique sans oublier la douceur, Les Deux Alfred réussit l’équilibre instable entre la dénonciation de l’absurdité de nos mœurs et le divertissement familial.

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