« Cinema Paradiso », pour l’amour du grand écran

En Sicile, le petit Toto passe son temps dans le cinéma de son village, et n’a de cesse de demander au vieux projectionniste, Alfredo, de lui apprendre son métier…

Movie Challenge 2021 : un film sur l’amitié

Adulé comme le film iconique sur l’amour du cinéma il est paradoxal de penser que Giuseppe Tornatore considérait son projet comme celui d’un hommage à un art sur le point de disparaître, pensant assister à la fin des salles de projection traditionnelles et de l’industrie du cinéma (comme quoi, nos craintes actuelles ne datent pas d’hier).

À l’heure où la réouverture des salles génère un engouement au-delà des attentes du secteur et prouve s’il en était besoin l’attirance que le grand écran suscite toutes générations confondues, la télévision a rediffusé fort à propos le chef d’œuvre italien. Car on a en effet rarement vu un long-métrage clamer aussi haut et fort la passion de son art, mais aussi d’un lieu, la salle obscure où tout un public communie dans la découverte d’une œuvre sur grand écran. D’emblée, les plans à l’intérieur du Cinema Paradiso, qui porte bien son nom aux yeux du petit Toto, s’affirment comme les plus passionnants du métrage. On découvre d’abord la préparation des séances, lorsque le curé du village pré-visionne les bobines pour en expurger les passages qui choquent sa morale, sonnant d’un coup de clochette le projectionniste pour le sommer de supprimer tous les baisers à l’écran. Dans la pure tradition comique italienne, Leopoldo Trieste en fait des tonnes avec des mimiques ultra expressives, et c’est ce qui fait tout le plaisir. Plaisir aussi à observer les expressions exacerbées de Toto (Salvatore Cascio), bouille craquante yeux écarquillés face aux rapprochements que le prêtre s’apprête à supprimer, bouche bée à chaque suspense. Mais la salle, c’est aussi la traduction d’une micro-société, celle de ce village fictif de Sicile, l’unique lieu de divertissement qui rassemble toutes les générations et toutes les classes sociales. On y trouve aussi bien des ados en quête de premiers émois sensuels que des enfants au rire innocent, des mal élevés qui crachent depuis le balcon et des narcoleptiques qui s’endorment devant tous les films, des jeunes farceurs et des vieillards sérieux. On y observe surtout la ferveur face à l’écran sur lequel défilent doublées en italien les stars de l’époque (Chaplin, Gabin…). On y mange, on y baise, on pleure, on y rit… dans ce Paradis majuscule, la vie semble concentrée.

Au-dehors, il y a le manque de père et d’argent, les taloches de la mère ou de la maîtresse, mais aussi un premier amour d’adolescence qui éloigne un temps Salvatore de la cabine de projectionniste au profit des fenêtres de sa belle. Mais c’est pourtant bien à son poste que le jeune homme vit son premier baiser, et pendant une projection qu’Elena revient inopinément de vacances pour le surprendre. Le cinéma n’est jamais loin, accompagnant toute la vie du protagoniste.

Mais au-delà de l’amour pour le cinéma de Salvatore, le film est aussi une histoire d’amitié hors du commun, celle qui unit le petit resquilleur avec le vieux projectionniste qui le tolère d’abord bon gré mal gré dans sa cabine avant de s’attacher peu à peu à ce gamin obstiné. Sous son air parfois bougon, le personnage de Philippe Noiret est un tendre bougre qui commence à transmettre son savoir à l’enfant, tout en rêvant plus grand pour lui. Après le drame qui les unit plus fort, Alfredo voue une sorte d’adoration à Salvatore, qui le pousse dans un rôle d’ange gardien à sa façon, se sentant investi de la mission de l’encourager à aller s’accomplir ailleurs – une posture d’autant plus prégnante dans la version director’s cut du film. Ce que devient véritablement Salvatore, aussi bien dans sa vie privée que professionnelle, on ne le saura pas précisément et c’est peut-être l’unique regret que peut laisser le film, qui nous emporte malgré tout par sa passion du septième art jusque dans sa scène de fin, compilant les plus belles embrassades du cinéma de l’époque.

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