« Bienvenue à Marwen » : pour tout reconstruire

Après un crash en Belgique, le capitaine Hogie est attaqué par un groupe de nazis puis secouru par un groupe de femmes armées. Tout cela a lieu à Marwen, le village reconstitué dans son jardin par l’illustrateur Mark Hogancamp après une terrible agression…

Lorsque le documentaire Marwencol est diffusé en 2010, il suscite des perspectives de fictions, notamment chez Robert Zemeckis et Steve Carell. Lorsque ce dernier se renseigne pour préempter les droits d’adaptation, le réalisateur les a déjà acquis, mais le projet stagne pendant quelques années, jusqu’à ce que l’acteur prenne contact, armé de son désir de faire partie de l’aventure.

Le projet est d’une ambition folle : donner vie à l’écran au village miniature composé par Mark Hogancamp dans son jardin. Mais là où l’ancien illustrateur a désormais opté pour la photographie comme moyen d’expression, narrant dans le documentaire les intrigues qui entourent ses clichés, Zemeckis et sa co-scénariste Caroline Thompson sont déterminés à mêler au récit de la vie de l’artiste des séquences où ses poupées s’animent suivant leurs propres arcs narratifs.

Le défi est d’envergure et va nécessiter pour le cinéaste de convoquer toutes les avancées techniques mises à l’œuvre précédemment dans sa filmographie, et en particulier de pousser le travail de performance capture plus loin que dans ses films d’animation pure. Ici en effet, les acteurs/trices prêtent leurs traits à la fois à des personnages en prises de vues réelles, mais aussi aux poupées, constituées en impression 3D renumérisée à partir de leur faciès, puis animées par capture de mouvement, avec une technique inédite d’éclairage et de caméra 6K. Tout ce travail permet une fluidité impressionnante entre les techniques pour un rendu magique. C’est bien Steve Carell que nous voyons en Hogie, mais affublé d’un casque de cheveux en plastique et d’articulations visibles, comme un Action Man version soldat de la Seconde Guerre mondiale. Mais c’est aussi lui qui interprète le créateur d’Hogie, et leur deux visages, à la fois similaires et distincts, se superposent dans une des transitions toujours très réussies d’un monde à l’autre. Parfois, les poupées semblent s’animer à leur taille réelle (environ 1/6e) à l’instar du soldat SS dans sa boîte. Parfois, elles ne sont que des objets qu’on peut coucher dans une boîte et que Mark habille à sa guise. Et soudain, en un mouvement de caméra, un reflet, un changement de focale, elles sont grandeur nature en train de se livrer une guerre sans merci, façon Small Soldiers. Aucun temps mort, de la vie réelle à l’imaginaire, et les correspondances entre les deux univers sont précisément ce qui permet à la fois de faire avancer l’action, mais aussi de délivrer subtilement des informations aux spectateurs/trices sur le passé de Mark.

Un historique dans lequel les hommes sont globalement référencés comme agresseurs, d’où leur assimilation aux nazis dans le village, quand les femmes sont des alliées, voire des sortes d’anges gardiens (même si pas toujours bien intentionnés à l’image de la sorcière Deja – Diane Kruger, méconnaissable). La nouvelle voisine, Nicol (Leslie Mann), bouleverse le quotidien de Mark et constitue l’élément perturbateur mais aussi un moyen d’avancer. On peut saluer la fin du film qui évite une résolution trop attendue qui l’aurait cantonnée au stéréotype de la manic pixie dream girl auquel le personnage correspond un peu trop bien.

Ainsi mené, Bienvenue à Marwen constitue une ode à l’imagination et à l’art comme moyens pour l’humain de surmonter ses traumatismes. Et pour le réalisateur, c’est aussi une occasion de glisser dans l’univers des références toutes personnelles à sa filmographie (Retour vers le futur, La mort vous va si bien, Flight, Alliés…), comme un cadeau supplémentaire aux aficionados de son cinéma.

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