« Seul au monde » : Robinson et son ballon

Chuck, cadre chez une société de livraison, accepte un voyage pendant les fêtes de Noël. Pris dans un orage, son avion se crashe et l’homme se retrouve seul survivant sur une île déserte…

À découvrir l’aventure rocambolesque et terrible vécue par Chuck Noland, on se dit que c’est si improbable qu’il s’agit forcément d’un film inspiré de faits réels. Mais non. Le scénario de William Broyles Jr est une réadaptation libre de Robinson Crusoé (même si, pour appréhender la réalité de l’expérience, le scénariste est parti seul quelques jours sur une île). L’équipe de tournage ayant jeté son dévolu sur un îlot rocheux au nord des Fidji, il fallut trouver une société de transport pour acheminer le matériel. Et c’est ainsi que FedEx proposa ses services et obtint en échange l’un des plus longs placements de produit de l’histoire du cinéma (143 minutes).

Vu sous cet angle, ça manque un peu d’envergure : plus de 2h de spot publicitaire pour nous expliquer que les agents FedEx sont prêts à tout traverser pour livrer finalement le précieux colis. Mais avec le talent de Robert Zemeckis à la caméra, et le retour dans le rôle-titre de Tom Hanks – après leur collaboration sur Forrest Gump – ça passe tout de suite mieux. Tous les détails de la vie « normale » de Chuck, présentée dans la première demi-heure du film, vont constituer autant d’éléments avantageux ou problématiques après l’accident. Le cadeau de Noël de sa fiancée Kelly (Helen Hunt), une dent cariée, les vêtements qu’il portait… car quand on se retrouve seul, après un crash spectaculaire (toujours le don de Zemeckis pour les cascades véhiculées, même s’il ne s’agit plus de voitures), et qu’on n’a plus le divertissement de toutes les activités du quotidien, de tous les objets de la société de consommation, chaque chose, chaque sensation, deviennent essentielles. C’est en quelque sorte la leçon que doit apprendre Chuck, ce type très occupé, zélé, préoccupé en permanence par le temps qui file et le risque du retard. Sur l’île, le temps passe moins vite et lui laisse le loisir de songer… mais aussi de s’activer physiquement.

Il a fallu une pause de plusieurs mois dans le tournage pour permettre à Tom Hanks de changer de visage et de silhouette, s’affinant, se musclant et se laissant pousser la barbe, pour correspondre à l’évolution de Chuck après une ellipse (dont on ne dévoilera pas la durée pour ne pas spoiler). Le genre de prestation de transformation qui plaît bien à l’Académie des Oscars, même si l’acteur se fit souffler la statuette par Russell Crowe pour Gladiator.

À regarder, le film est à la fois oppressant tant il restitue bien la solitude de Chuck sur son île et les multiples risques qui le cernent (chute, noyade, dénutrition, soif, maladie, folie… l’embarras du choix pour mal finir), jouant des contrastes des paysages (plage de rêve/piton rocheux menaçant, temps estival le jour/pluie diluvienne la nuit…). En même temps, on est dans l’aventure, comme à Koh Lanta, « mais pas comme ça pour faire le feu », « attends il va réussir à ouvrir la noix de coco », « malin d’utiliser le caillou ainsi »… On se découvre tous/tes une fibre survivaliste, à le voir faire, on lui soufflerait volontiers des conseils à l’oreille pour l’aider à s’en sortir, et en même temps on ressent le frisson de l’angoisse à l’idée d’être à sa place, et rien de tel que de rester devant son écran, confortablement installé(e), dans la catharsis la plus parfaite.

 

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