« High Life », au revoir là-haut

Monte élève seul sa petite Willow dans un vaisseau spatial vétuste. Il s’y est retrouvé suite à un crime, envoyé avec d’autres prisonniers/ères pour une mission risquée aux abords d’un trou noir…

On ne peut pas dire que le film de Claire Denis ait eu beaucoup de défenseurs à sa sortie, largement étrillé par le public et pas toujours soutenu par la critique. Après avoir mis en scène le parcours intime d’une femme dans Un beau soleil intérieur avec Juliette Binoche, la réalisatrice l’a retrouvée dans ce projet très différent.

Ce film est un OVNI au même titre que le vaisseau qui abrite l’intrigue. C’est un film qui se passe dans le futur sans vouloir vraiment appliquer les codes classiques de la SF, et une œuvre qui a lieu dans l’espace sans jamais montrer ni l’apesanteur ni aucune planète ni rien de ce qui fait d’habitude partie du genre (à peine une toute petite scène de réparation d’un élément du vaisseau au début). Finalement, ce vaisseau spatial qui ressemble à un élément de jeu de construction pour enfant, ce n’est que l’écrin qui permet le huis clos et la réflexion sur l’avenir de l’humanité. Pour entrer dans le film, il faut accepter son côté métaphorique, son irréalisme volontairement minimaliste dans les moyens, son choix de se concentrer sur l’intime. En cela on n’est pas si loin ni d’Ad Astra, pour l’utilisation du voyage dans l’espace comme réflexion sur soi et son rapport à ses proches, ni d’Ex Machina pour l’interrogation sur ce qui fait l’humanité.

Sauf qu’ici, ce n’est pas une intelligence artificielle qui concentre la réflexion mais un bébé. La petite Willow (Scarlett Lindsay puis Jessie Ross) constitue toute la force du film, à la fois par ce qu’elle incarne et par la fraîcheur de son jeune âge. Construit par flashbacks, le film nous apprend peu à peu la façon dont Willow est venue au monde, tout sauf naturelle. Elle est le fruit de gamètes récoltées sans le consentement de ses géniteur/trice et de l’acharnement obsessionnel de Dibs (Juliette Binoche), la médecin de l’équipage, qui comme pour se racheter de ses infanticides et de s’être physiquement privée de la possibilité de porter la vie à nouveau, va consacrer toute sa science et toute son énergie à la fabrication d’une vie humaine hors du système solaire. Personnage de sorcière, telle qu’elle se désigne elle-même, au pouvoir incarné par les pilules qu’elle distribue, ses alambics et sa couveuse vintage ainsi que ses séances quasi mystiques dans la salle dédiée au sexe du vaisseau, elle est à la fois la « méchante » qui régit la vie des astronautes et les soumet à son désir d’enfant, mais aussi celle grâce à qui surgit le miracle.

Le miracle, c’est ce bébé autour duquel tous les membres de l’équipe vont peu à peu mourir, de façon plus ou moins violente, les interactions interrogeant les instincts animaux de l’espèce humaine exacerbés par la vie en vase clos. Alors que tous/tes meurent ou s’entretuent sous un éclairage clinique, les premiers pas de Willow et ses moments de tendresse avec son père sont enveloppés d’une douce lueur chaude. Le rouge n’est pas ici la couleur de la violence ni du sang, mais plutôt comme un écho de la vie intérieure avant la naissance. Le vaisseau devient un cocon qui abrite ce tandem père-fille évoluant dans un clair-obscur qui met en valeur leur lien. Dans cette errance spatiale désespérée, cette vie imprévue qui grandit, florissante comme les fraises du jardin, c’est l’élan vital qui surmonte tout et refuse de céder, l’âme qui ne plie pas face à la situation sans issue, l’intarissable beauté de l’existence en dépit de tout, qui s’incarne dans le visage en gros plan de cette jeune fille résolue qui a donné un sens à la vie mal engagée de son père.

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