« La chambre du fils », une famille qui plonge

Giovanni est un analyste reconnu et mène un quotidien tranquille auprès de son épouse et de leurs deux enfants. Son fils Andrea ayant été accusé du vol d’une ammonite au lycée, Giovanni tente d’être plus présent…

Nanni Moretti a déjà derrière lui une belle carrière quand il s’attelle à La Chambre du fils, l’œuvre qui lui a donné le plus grand sentiment d’investissement et d’urgence. Co-écrit avec Linda Ferri et Heidrun Schleef, le film masque son sujet jusqu’à la fin de son premier tiers, se composant comme une pièce de théâtre en trois actes : une exposition, puis les conséquences d’un drame et enfin une renaissance progressive.

Pourtant, le jeu n’a rien de théâtral dans cette œuvre qui mise sur la simplicité et la sobriété. Qu’il s’agisse de la photographie, de la composition des plans, du montage ou de l’interprétation, tout est pensé pour sembler le plus naturel et réel possible, sans pour autant donner l’impression d’un documentaire, car la caméra de Nanni Moretti parvient malgré tout à faire du cinéma avec ces éléments si quotidiens. D’abord, ce n’est que la vie d’une famille de classe moyenne, sans problème particulier, qu’un petit grain de sable (l’accusation de vol d’un fossile du labo de science) vient à peine enrayer dans son fonctionnement habituel. Il y a le père (le réalisateur lui-même), psychologue, que l’on suit dans ses consultations avec sa patientèle d’habitué(e)s, de la femme dont la vie est régie par les dates et objectifs au dépressif qui pense au suicide même quand il va bien, en passant par l’obsédé sexuel qui craint de devenir pédocriminel. La mère (Laura Morante, une habituée des films de Moretti), que l’on voit moins en dehors du cercle familial, mais qu’on aperçoit tout de même dans la maison d’édition où elle officie, la fille (toute jeune Jasmine Trinca dans son premier rôle), bien dans ses baskets et férue de sport, et le fils (Giuseppe Sanfelice) un peu dans son monde, qui rechigne à s’activer autant que son père le voudrait. La vie est douce et parfois comique à leurs côtés, on s’amuse de les voir plancher en famille sur un extrait du De natura rerum (les études de latin trouvant toujours leur place chez Moretti, jusqu’à Mia Madre où elles ont davantage leur importance), de les suivre sans trop savoir où cela nous mène.

C’est la musique de Nicola Piovani qui ouvre la brèche, avec un montage mettant en parallèle la journée des quatre personnages, nous faisant pressentir que tout va basculer. Le drame survient de façon presque discrète, sans esbroufe, hors champ. Même si le récit du détail a de quoi glacer, il ne survient que plus tardivement, comme si sur le moment le but n’était pas de nous choquer, mais plutôt de nous laisser cheminer aux côtés des personnages désormais endeuillés. Rapidement, Giovanni est frappé par l’impossibilité de dire le drame, et ce silence, chez lui dont la profession consiste à pousser les autres à exprimer leurs douleurs, est révélateur d’un dysfonctionnement profond qui infuse peu à peu dans sa vie professionnelle. Les scènes fantasmées d’un autre possible manifestent le remords lancinant d’un homme qui prend conscience de n’avoir pas forcément suivi les bonnes priorités, et émeut par le réalisme de ce sentiment qui étreint après chaque événement irréversible : si seulement on avait su, si on pouvait revenir en arrière pour faire autrement…

Quand on croit avoir tout perçu de ce que l’intrigue avait à nous offrir, elle nous surprend par un nouvel élément sous la forme d’une lettre qui introduit un nouveau personnage dans l’histoire. C’est l’occasion de rééquilibrer un peu le film en donnant plus de place aux personnages féminins et à leurs ressentis, toujours avec une économie d’épanchements verbaux, mais dans les gestes et les choix importants. La douceur et les projets de la jeunesse l’emportent sur la mort, l’instinct vital se rallume, malgré la boucle dans laquelle la famille semblait enfermée, à l’instar de ce morceau musical que Giovanni remettait sans cesse au même passage. Tant qu’il y a d’autres vies, il y a de l’espoir…

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