« Les Incorruptibles » : le monstre d’Eliot Ness

Eliot Ness, jeune flic de Chicago, se met en tête de lutter contre les mafieux d’Al Capone qui font commerce d’alcool en dépit de la Prohibition. Il recrute un petit groupe de confiance surnommé « les Incorruptibles »…

Après être passé par la comédie satirique, le thriller hitchcockien (option mélo), l’opéra-rock, le film fantastique, Brian De Palma en arrive en 1987, après 20 ans de carrière, au film de gangsters, teinté de western. Il tire sa matière d’un scénario de David Mamet (précédemment auteur du Verdict de Sidney Lumet) inspiré des mémoires d’Eliot Ness, l’homme qui fit arrêter Al Capone.

Pour une histoire pareille, et un tel personnage, le réalisateur tient à s’offrir un casting de choix, et parvient à en convaincre les producteurs. Dans le rôle de Capone, maintes fois incarné sur grand écran, il retrouve Robert De Niro, qui s’investit beaucoup pour rendre le personnage crédible, à la fois dans son physique et ses manières. Il y adjoint un groupe de flics emmené par le jeune Kevin Costner, encore à l’orée de sa carrière, avec l’appui de Sean Connery (qui obtient avec le rôle de Jim Malone son unique Oscar), d’Andy Garcia qui fait ses débuts et de Charles Martin Smith. On note également les apparitions de Patricia Clarkson dans le rôle de Mrs Ness.

Après son goût du split screen qui a marqué la première moitié de sa carrière, De Palma trouve ici d’autres moyens d’expression. Sans pour autant parler de sobriété, car le cinéaste reste baroque, le film est davantage calibré pour les studios et le gros succès commercial qu’il représente. Toutefois, le cinéaste réussit à imposer certaines de ses lubies : la posture du voyeur avec les plans vus au travers de jumelles et l’entrée en caméra subjective par la fenêtre de l’appartement de Malone (ce qui rappelle le film dans le film au début de Blow Out), les références à des films qu’il admire (ici la scène du landau inspirée du Cuirassé Potemkine), une façon de détourner les codes : l’utilisation particulière de l’alternance  plongée/contre-plongée, des plans qui rappellent fortement le western, notamment avec la police montée canadienne dans une scène de combat sur un pont. On a toujours cette impression que le réalisateur et son équipe prennent un grand plaisir à manier la caméra avec brio, par exemple dans toute la séquence de la gare, agrémentée de ralentis et dirigeant habilement le regard des spectateurs/trices. L’action est de ce fait rendue très prenante de bout en bout, mais cela doit aussi beaucoup à l’habileté du scénario ainsi qu’à la très belle photographie de Stephen H. Burum, avec lequel le cinéaste collabore ensuite de façon récurrente. Pendant tout le début du film, les plans concernant la police sont perpétuellement dans l’ombre, celle-ci se dessinant sur le profil de Ness, avec des coloris presque sépia, alors que les scènes autour de Capone dégorgent de rouge et des dorures de l’hôtel. D’un côté la traque dans le secret, le doute, le manque d’appuis de confiance et de moyens. De l’autre le luxe et le sang qui ne se cachent pas. Petit à petit les deux univers viennent s’entremêler à mesure que la tonalité assez humoristique des débuts (la constitution du groupe des Incorruptibles) cède la place à une tension croissante et un rythme de plus en plus enlevé.

La bande-son d’Ennio Morricone permet aussi au métrage de conserver de bout en bout de l’allant et de l’élégance, sur fond de saxophones mélancolique, et cette fois la générosité du cinéma de De Palma garde contenance jusqu’à la fin, évitant l’écueil de la « scène de trop », de l’épanchement sirupeux qui noyait trop souvent la chute de ses œuvres précédentes. Cette fois-ci tout tient, formant une belle cohérence autour de ce combat pour la justice, à armes inégales.

 

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