1 mois, 1 plume, 1 œuvre : Dans la Chaleur de la Nuit (mars 1968), par 28 films plus tard

1 mois, 1 plume, 1 œuvre : le dernier dimanche de chaque mois, un(e) invité(e) vient évoquer une œuvre (livre ou film) sortie ce mois-là… d’une année de son choix.

La plume

Après une licence de cinéma et quelques expériences dans ce domaine, Marion a choisi de se reconvertir dans une autre voie, mais son amour du Septième Art s’exprime toujours sur son blog 28 films plus tard, où l’on peut lire quelques critiques et entretiens mais surtout de passionnants dossiers thématiques. Marion est une fine plume en tant qu’analyste, mais pas seulement, elle s’essaye également à la fiction. Elle a choisi de présenter un film à forte valeur politique.

L’œuvre

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Il ressort de Dans la Chaleur de la Nuit un racisme crasse et puant, bousculant les mœurs de notre époque. Car si le racisme est encore aujourd’hui présent, il doit être honteusement caché. En 1967, les USA ont mis fin depuis peu à la ségrégation, les toilettes étaient encore il y a 3 ans séparées selon la couleur de peau, à croire que certains faisaient des bousins d’or et avaient un royal postérieur de marbre.

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C’est dans ce contexte que Sidney Poitier, fraîchement auréolé d’un Oscar du meilleur acteur (premier acteur noir à gagner ce prix), en vient à interpréter le fleuron du FBI, un certain agent Tibbs, qui prend des vacances sûrement bien méritées pour aller voir sa maman. Agent à Chicago où semble-t-il les citoyens naissent avec un cerveau et voient en lui un brillant officier plutôt qu’une couleur de peau, il se rend en train dans sa terre natale au fin fond d’un sud bouseux. Chaque changement de train est un échelon en moins de l’évolution humaine, jusqu’à cette fameuse gare où il est violemment arrêté suite à un meurtre perpétré à quelques kilomètres de là. L’agent Tibbs s’amuse de la stupidité des « collègues » locaux, apogée du rire jaune quand le patron énervé de Tibbs s’insurge au téléphone de l’arrestation de son homme et ordonne au chérif local (et à Tibbs par la même occasion), d’enquêter ensemble sur le meurtre, assurant au flicaillon que notre cher Sidney Poitier est la plus grande pointure du FBI. La surprise d’une telle révélation passée, le shérif et Tibbs s’en vont à travers champs de coton fouiller la société blanche aux mains sacrément sales et nauséabondes. Et c’est la ville entière qui sent la crasse. La moiteur sudiste fait ruisseler les fronts, échauffant des esprits déjà bien lents. Le spectateur est alors témoin auprès de Tibbs d’une Amérique qui préférait les pendus aux arbres et les costumes de draps blancs. Cette Amérique faussement puritaine est d’autant plus en colère qu’un homme instruit noir révèle des travers immondes d’une ville figée hors des changements sociaux et des lois. Le film serait bien difficile à regarder s’il n’y avait de brefs répits jubilatoires, tels qu’un retour de gifle sonore nullement volé ou les instants de grâces poétiques d’une amitié naissante avec le shérif, métaphore d’un espoir de changement des mentalités.

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Car le film de Norman Jewison s’inscrit ouvertement comme étendard de la lutte pour les droits civiques, avec comme porte-drapeau un Sidney Poitier qui est encore aujourd’hui politisé, pionnier de son époque, à l’Actors Studio comme aux Oscars. Acteur militant, jouant de son statut aussi bien avec Dans la Chaleur de la Nuit que dans Devine qui vient dîner, où il interprète là encore un homme à la réussite sociale manifeste. Souvent catalogué dans son rôle de fine fleur des forces de l’ordre américaine (il joue l’agent Tibbs dans trois films, mais aussi un agent du FBI dans Randonnée pour un tueur et Le Chacal, ainsi qu’un agent de la CIA dans le thriller Les Experts), il a su brouiller les pistes et porter la casquette de réalisateur de nombreuses fois. Il restera pourtant à jamais pour moi le Homer Smith du très poétique Le Lys des champs, sublime fable sur l’amitié et la tolérance.

Plus de 50 ans après sa sortie, force est de constater que Dans la Chaleur de la Nuit est malheureusement toujours d’actualité. Au-delà du fait qu’il est un film social historiquement important, j’aurais préféré qu’il ne soit que le reflet d’une époque révolue. Mais il n’en est rien. Le film inspire un malaise constant au spectateur de part son aspect quasi documentaire et son analyse froide de la société américaine de la fin des années 60. Un monument du Cinéma aujourd’hui précieusement gardé à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis, objet historique et malheureusement intemporel qui permet de ne pas oublier que l’Égalité est toujours une lutte moderne.

Marion

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