« Tout peut s’oublier » : son fils sa bataille

Nathan et Jun ont vécu huit ans ensemble en Bretagne, après une rencontre à Kyoto. Mais peu après leur séparation, la jeune femme disparaît avec leur petit garçon. Nathan découvre qu’elle est repartie avec leur fils au Japon…

Le dernier roman en date d’Olivier Adam, Une partie de badminton, affinait la plume de l’auteur, mêlant à ses thématiques sociales habituelles quelque chose de plus intime dans l’écriture des personnages qui émouvait davantage. Il revient avec Tout peut s’oublier, et sous ce titre évidemment inspiré de « Ne me quitte pas », c’est moins la rupture amoureuse qui est en question qu’un sujet bien plus terrible : l’enlèvement d’enfant par conjoint.

Des histoires réelles de ce genre, on en a vu passer la trace dans les médias : un couple bi-national se sépare, et l’un des parents repart dans son pays d’origine en soustrayant l’enfant à la garde alternée. Ce sont des histoires dont on entend parler un moment, mais dont la résolution parvient rarement jusqu’à nous, comme souvent avec les faits divers. Mais ici, l’auteur prend le sujet à bras le corps, d’une façon visiblement documentée. La thématique lui donne l’occasion de réunir ses deux lieux de prédilection : la Bretagne, très souvent présente dans ses écrits (son dernier roman s’y déroulait), et le Japon (il y avait d’ailleurs déjà un Nathan au Japon dans Le cœur régulier). La Bretagne est la terre de Nathan, un homme solitaire, taiseux, passionné de cinéma et de paysage, appréciant la quiétude et les voyages à Kyoto pour se ressourcer. Venu y soigner un chagrin d’amour, il y rencontre Jun, qui le fascine à la fois par sa conformité apparente aux stéréotypes de la douceur japonaise et par son caractère plus extraverti dès qu’on brise la glace. Mais loin des siens, en dépit d’un petit cercle d’amies japonaises en Bretagne, Jun finit par s’étioler. Malgré un narrateur externe, le point de vue adopté est proche de Nathan, comme si l’on était perché sur son épaule, et l’on ne saura donc pas vraiment ce qu’il a commis qui puisse lui être autant reproché par son ex-épouse. On devine un père qui a profité des moments de complicité avec son petit garçon en laissant sa femme se débattre seule avec la charge mentale des tâches quotidiennes, un égoïste qui n’a pas su voir que sa compagne se sentait enfermée dans leur relation, restreinte dans ses enthousiasmes et sa joie de vivre par l’attitude râleuse et solitaire de son compagnon. Nathan n’est pas un mauvais bougre, pas un homme violent, il est simplement l’incarnation de ce type moyen ordinaire auquel la société n’a pas vraiment appris à se soucier des émotions des autres, et en particulier de la femme qui partageait sa vie. Le romancier ne creuse pas les responsabilités, mais les lecteurs/trices ont de quoi alimenter une réflexion sur le couple moderne.

Et puis il y a la disparition et la quête d’un père prêt à tout pour revoir son fils. La confrontation avec les pouvoirs publics du Japon est terrifiante et édifiante quant aux relations diplomatiques entre des États dont les mentalités et valeurs sont si différentes. En parallèle, Nathan se rapproche de sa voisine Lise, confrontée elle aussi à un drame relatif à son fils, grand garçon rebelle ayant rejeté ses parents petits-bourgeois au profit d’un engagement dans les manifestations de Gilets Jaunes.

Qu’il s’agisse d’un choix de l’autre parent ou de l’enfant lui-même une fois adulte, les deux personnages se retrouvent privés de leur progéniture, devant faire le deuil d’un absent qui n’est pas mort, ou se battre pour tenter de rétablir le lien. Profondément mélancolique, viscéralement douloureux, le roman accroche et bouleverse, sans doute d’autant plus que ses personnages sont imparfaits, pleins de failles et forcément en partie responsables de leur situation. Mais nul parent n’est parfait, et la possibilité que la parentalité aboutisse à de tels drames a de quoi faire froid dans le dos. Avec cette thématique, Olivier Adam a trouvé son grand sujet, au-delà de ses considérations habituelles. Tout peut s’oublier est le plus fort de ses récits, qui atteint un équilibre inégalé entre portraits justes et question de société. Il serait surprenant que le cinéma ne s’empare pas du roman pour l’adapter, tant sa matière est originale et émouvante.

 

 

2 commentaires sur “« Tout peut s’oublier » : son fils sa bataille

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  1. J’avais déjà lu des témoignages sur la façon dont étaient traités les ex-conjoints étrangers et le droit de garde au Japon, cela parait invraisemblable ! Je me note le titre pour la thématique !

    1. Je n’étais pas aussi informée et le roman m’a fait froid dans le dos. Nul doute que tu y retrouveras à peu près ce que tu avais lu !

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