« Alien3 » : monstres prisonniers et prisonniers des monstres

Le vaisseau de Ripley s’écrase contre Fiorina 161, une colonie pénitentiaire. Seule survivante, Ripley pressent qu’un alien embarqué à bord va s’en prendre aux prisonniers…

Après Ridley Scott et James Cameron, c’est le jeune David Fincher, 30 ans à l’époque, qui hérite de la réalisation du troisième volet de la saga Alien. Il n’est pas encore l’auteur des chefs d’œuvre qu’on lui connaît, et se retrouve dans une position délicate. Le scénario a déjà dû être retravaillé (six scénaristes ont été impliqués), car il ne prévoyait à l’origine pas de présence de la créature alien, qui ne devait reparaître que dans le quatrième opus. Mais les producteurs insistent pour donner aux fans les combats qu’ils attendent. Les conflits se poursuivent au fil du tournage, et le cinéaste finit par jeter l’éponge dès la fin des prises de vue, refusant de participer au montage et tentant de faire retirer son nom du projet.

Ce genre d’histoire présage généralement d’un carnage charcuté par des décisions inconciliables, mais Alien3 reste très regardable. Le theatrical cut (1 h 55) et l’assembly cut (2 h 25) diffèrent surtout dans le degré d’informations donné au sujet des prisonniers de Fiorina 161, ainsi que sur la scène finale, la version longue se rapprochant de l’idée initiale qui était de ne pas montrer l’Alien. Car dans ce troisième volet, la tension doit naître autrement que par un face-à-face entre les humains et les créatures. Il reste des traces de ce projet dans les deux arcs narratifs majeurs de l’intrigue : d’une part, la confrontation entre Ripley, unique survivante des épisodes précédents (on pourra, à l’instar de James Cameron, amèrement regretter le sacrifice de la relation initiée dans Aliens entre Ripley et Newt) et un groupe d’hommes criminels qui la perçoivent comme une intruse tentatrice, et d’autre part, la révélation du plan de la reine alien pour régénérer son espèce.

Esthétiquement, le film change d’ambiance également : exit les vaisseaux bardés de technologie et les coloris froids, les armes lourdes et les militaires entraînés. La prison est une entreprise minière, et les teintes orangées de la fonderie habillent la photographie d’un halo chaud. Les prisonniers n’ont pas le droit de posséder des armes, les installations sont vétustes et les tenues ressemblent à de la toile de jute moyenâgeuse. Une sobriété d’équipements qui permet de repenser la lutte contre l’Alien, moins comme un étalage de moyens que comme une stratégie employant les hommes comme appâts. Ripley avait déjà prouvé son courage, ses capacités d’adaptation et de survie, son empathie. Elle peut désormais faire briller son intelligence dans la conception du plan et son sens du sacrifice. Sigourney Weaver reprend avec brio ce rôle qui lui permet, de film en film, d’étoffer son jeu et de révéler de nouvelles facettes de son personnage. Éplorée, objet de désir, puis éprouvée au sein de son intégrité physique, elle demeure une figure féminine riche et exemplaire.

Moins propice aux frissons que le premier volet, moins divertissant dans les combats que le deuxième, le film de Fincher est sans doute le plus troublant et sombre, mais le moins abouti. Il n’empêche, la scène de course-poursuite ultime en vision subjective du monstre quadrupède est un morceau de bravoure de qualité devant lequel on ne boude pas son plaisir. Après cette lutte à mort qui semblait constituer une vraie conclusion, même si elle a pu déplaire, que reste-t-il encore comme possibilités de renouveler le concept dans un quatrième opus ?

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