« Dialogue avec mon jardinier » : le peintre et l’amateur des jardins

Accueillant un candidat au poste de jardinier, un peintre parisien retiré dans sa maison de campagne reconnaît un ami d’enfance. Malgré leurs différences, leur amitié se renouvelle…

Jean Becker, cinéaste de la ruralité depuis les années 80, habitué des adaptations, trouve ici ouvrage à sa mesure avec le roman d’Henri Cueco. S’il en conserve de nombreux dialogues, avec sa capacité à reproduire avec une grande fidélité une œuvre littéraire, comme on avait pu s’en apercevoir avec son dernier opus à ce jour, Le Collier rouge, il a dû ici s’appuyer sur Jean Cosmos et Jacques Monnet au scénario afin de donner de la densité au personnage du peintre, plus secondaire dans le roman.

Or le film avait besoin de deux partitions sinon égales, a minima équilibrées, pour donner moins dans la peinture de caractère que dans le buddy movie à la française. Qu’est-ce qui rassemble ces deux hommes, si ce n’est le souvenir d’une blague potache d’enfance ? Pas grand chose, mais peut-être un certain amour du beau. Pour le peintre, la beauté doit être dans la toile, reflet du monde par le prisme de l’art, apte à faire vibrer le cœur. Pour le jardinier, elle est dans les choses du quotidien et en particulier les productions de la nature : des légumes de belles formes, un gros poisson…

Il y a un aspect de comédie à ces retrouvailles de deux hommes de milieux très différents (qui n’auraient sans doute pas pu se connaître ailleurs que dans la petite école publique du coin), dans leurs conversations à bâtons rompus, presque théâtrales dans leur mélange d’anecdotes imagées, de réflexions philosophiques, de débats. Les dialogues aux petits oignons sont parfaitement servis par le binôme Darroussin-Auteuil, réuni pour la première fois à l’écran, mais dont l’alchimie est si naturelle qu’on s’étonne de ne pas les avoir déjà vus ensemble. Auteuil est dans un registre plutôt familier avec ce type de bonne famille, pour qui l’argent n’est pas un problème et tout se résout par un coup de fil à l’un des noms de son carnet d’adresses bien fourni, en pleine crise de milieu de vie (« ai-je du talent ? qu’est-ce que l’amour ? comment reconquérir ma femme ? »). Darroussin est plus éloigné de ce qu’on a l’habitude de le voir jouer avec ce grand bavard qui s’écrie « fils de loup » à chaque émotion et s’en va fier comme Artaban sur sa pétaradante motocyclette.

Le film est savoureux, parce que drôle et tendre, d’une grande humanité dans le regard bienveillant que la caméra porte sur les personnages et qu’ils posent l’un sur l’autre, parce que coloré aussi, doré au soleil de l’été, verdoyant de ce jardin épanoui, transposant les couleurs du potager sur la toile et de la toile à l’écran. Il est aussi douloureux et mélancolique sur la fin, car comme dans la fable (« L’Ours et l’amateur des jardins ») parfois les plus belles amitiés connaissent une fin tragique, même si elle la morale serait ici bien différente.

Et puis, l’air de rien, on goûte le fonds social du propos, la nécessité de côtoyer des personnalités différentes de la sienne, au parcours éloigné et aux valeurs parfois complémentaires. Il y a celui qui remet en place les critiques pédants et celui qui rappelle les luttes syndicales à tout bout de champ, celui qui donnerait tout sans compter et celui qui sait que trop donner offense la simplicité des braves gens. Sans prétention, le film est à l’image de ce jardinier, droit dans ses bottes, et c’est ça qu’on aime dans le cinéma à l’ancienne de Jean Becker.

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