« Rebecca », il a neigé sur Manderley

Une jeune fille, embauchée comme dame de compagnie par une riche américaine, rencontre à Monte-Carlo un Anglais descendu dans son hôtel. Veuf depuis quelques mois, M. de Winter lui fait découvrir la région dans son auto mais ne lui parle jamais de la défunte Rebecca…

Inspirée par le mouvement gothique, Daphné du Maurier se fait connaître par l’emploi des ressorts du genre dans des histoires modernes, parmi lesquelles Rebecca, l’une des plus renommées.

La narration subjective en première personne nous place d’emblée dans la peau d’une femme qui se remémore l’époque révolue de sa jeunesse. Approchant de la maturité, sans que cet âge soit précisé, elle mène une vie bien mystérieuse faite de voyages et de lectures, en particulier celle des journaux anglais qui lui rappellent son passé. C’est grâce à une facilité d’écriture, le récit d’un rêve, que la narratrice peut nous transporter dans son jeune temps et nous ramener au début de l’histoire qu’elle s’apprête à nous raconter.

L’intrigue tient du conte de fées moderne, avec l’intérêt de la jeune dame de compagnie pour un veuf riche et séduisant qui l’emmène en balade à Monte-Carlo pendant ses heures de liberté, son employeuse étant souffrante. La protagoniste se révèle rapidement touchante par le récit de ses états d’âme, sa nervosité qui lui fait commettre mille petites maladresses, son absolu manque de confiance, sa candeur. A contrario, les pensées de Maxim de Winter restent inconnues des lecteurs/trices, qui partagent l’incompréhension de la jeune femme et voient leur complicité avec elle renforcée.

Le retour à Manderley nous replonge dans un univers quelque part entre Les Hauts de Hurlevent et Northanger Abbey : quel drame s’est joué dans la crique attenante au domaine ? quel fantôme hante les murs de son empreinte, ce grand R majuscule brodé partout ? Face à la très sèche et manipulatrice Madame Danvers comme aux invités qui rêvent de faire renaître les amusements donnés au manoir, la jeune épouse est en proie à un complexe de classe, percluse par le sentiment de ne pas appartenir à ce monde dont Maxim lui a ouvert la porte.

Davantage que le conte fantastique auquel on aurait pu s’attendre (d’autant que l’autrice a à son actif d’autres histoires plus clairement inscrites dans le genre), Rebecca allie thriller psychologique révélant les turpitudes qui se cachent sous les dorures, et roman d’éducation. À mesure qu’elle apprend, parfois dans la douleur, quel(le)s sont ses ennemi(e)s et ses allié(e)s, l’héroïne a l’opportunité de devenir une femme responsable de ses choix, alors qu’elle n’était qu’une enfant se laissant porter par les événements à son arrivée.

Vivante, elle a sur sa rivale un grand avantage, celui de pouvoir évoluer, quand Rebecca n’est plus que le souvenir qu’elle a laissé à chacun(e), figure évanescente quasi-mythologique.

Accrocheuse malgré quelques longueurs, la narration du pavé prend tout le temps de mettre en place son atmosphère insidieuse avant d’assener ses révélations. Si l’amour d’un homme et l’occupation de sa propriété sont l’enjeu du récit, celui-ci est dominé par l’ampleur de ses trois personnages féminins majeurs, la narratrice, Madame Danvers et, en creux, l’absente Rebecca, présente dans les esprits de tous et toutes.

6 commentaires sur “« Rebecca », il a neigé sur Manderley

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  1. Je le vois souvent passer et j’hésite encore un peu à me lancer dedans, j’ai déjà vu le film d’Hitchcock et bon… je ne me rappelle pas d’un film qui m’ait transcendée non plus, ni même un peu angoissée…

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