« Leave no trace », « ceux qui errent ne sont pas tous perdus »

Tom et son père vivent dans une forêt près de Portland, mais leur campement n’est pas autorisé. Lorsqu’ils sont repérés, les autorités cherchent une solution qui puisse leur convenir et les installe dans une petite maison appartenant à un cultivateur de sapins…

Avant sa prestation de cette année très remarquée dans Jojo Rabbit, Thomasin McKenzie était d’abord la révélation de Leave no trace, qui marque le retour de Debra Granik à la fiction après Winter’s bone. La réalisatrice confirme sa prédilection pour les personnages de marginaux qui vivent dans les forêts avec l’adaptation du roman de Peter Rock, lui-même inspiré d’une histoire vraie.

On suit une ado et son père, qui vivent de la revente des médicaments que ce dernier obtient pour soulager son stress post-traumatique d’ancien soldat, dans un campement de fortune caché dans la forêt. On ne sait pas depuis combien de temps ils sont là, ni où ils étaient auparavant. On ne sait pas quand et de quoi est décédée la mère de Tom, dont sa fille n’a pas de souvenirs. On ne sait presque rien au fond de ces personnages, mais cela ne nous empêche à aucun moment d’éprouver de l’empathie pour eux. C’est même assez remarquable de réussir à nous lier à eux sans aucune information sur leur passé. Il faut dire que le film s’appuie sur un binôme à la fois solide et plein de fêlures, incarné par Ben Foster et Thomasin McKenzie, d’une égale justesse. Il a le côté taiseux des hommes qui ont trop souffert et cherchent à épargner leurs proches, et l’inquiétude d’un père qui souhaiterait pour son enfant un avenir protégé. Elle a la sollicitude d’une enfant mûrie trop vite et une curiosité tendre pour tout ce qui l’entoure, qu’il s’agisse de la nature, des animaux ou des humains.

Le duo est filmé avec beaucoup de bienveillance dans un décor impressionnant de réserve naturelle. Les lignes verticales des troncs centenaires, qui s’opposent aux petits sapins savamment taillés de l’homme qui les héberge, créent un cadre dans lequel les êtres humains semblent petits et humbles. Cachés dans les fougères dont le vert explose à l’écran, Will et Tom semblent vouloir disparaître, se fondre dans le paysage, devenir aussi minuscules que leurs prénoms en une syllabe, comme s’il ne fallait pas prendre trop de place sur Terre comme dans les mots, ne laisser de son passage dans l’existence qu’une trace minimale, à l’image de ses pas qu’il s’agit d’effacer derrière soi pour ne pas être repéré.

Ce qui frappe, dans ce film, c’est l’absence de conflit et de violence. Sur une thématique qui rappelle Captain Fantastic, et avec des sujets douloureux en arrière-plan comme les séquelles de la guerre et le deuil d’une épouse et mère, le scénario ne fait aucune place à la brutalité. Les cauchemars de Will resteront prisonniers de son esprit, jamais montrés aux spectateurs/trices, l’évolution de Tom se fera sans heurts ni cris, avec une évidence posément énoncée. Tous les personnages qui croisent la route de cette famille pas comme les autres se montrent plutôt curieux et adjuvants, quand bien même subsisterait un brin de méfiance. Il n’y a pas d’ennemi désigné qui cherche à leur nuire ou à les forcer à renoncer à leurs valeurs. La pression qui existe, c’est celle de la société et de ses modèles dominants qui ne peuvent convenir à Will, mais jamais elle ne s’incarne dans un opposant réel, et c’est une des grandes forces du long-métrage, qui émeut sans violenter, remue sans choquer, et laisse une empreinte subtile et délicate comme une trace de pas légère sur la mousse des forêts.

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