« La communion » : heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de dieu

En centre éducatif fermé, Daniel rencontre la foi. À sa sortie, au lieu d’aller travailler dans une menuiserie, il se fait passer pour un jeune prêtre et se retrouve en charge d’une paroisse endeuillée par un accident de la route… 

C’est l’un des films que l’on devrait voir revenir dans les tops des cinéphiles à la fin de l’année : La communion (littéralement « Le corps du Christ » en polonais), malheureusement sorti juste avant le premier confinement.

Le scénariste Mateusz Pacewicz s’inspire d’un fait divers, celui d’un jeune homme qui se fit passer pour prêtre pendant trois mois, pour créer cette intrigue autour des concepts de culpabilité, de pardon et de miséricorde.

D’une caméra à l’épaule très mobile pour une scène d’ouverture violente au sein d’un centre éducatif fermé, le réalisateur Jan Komasa passe ensuite, une fois dehors, à une litanie de plans fixes avec un sens de la composition et du cadre extrêmement soigné. Très vite, toute l’esthétique du film, en particulier la photo avec un éclairage de contre-jour dessinant un halo lumineux autour de son protagoniste chaque fois qu’il se trouve devant une fenêtre contribue à nous faire ressentir de façon sensuelle la thématique religieuse. Rarement un long-métrage aura approché de si près le mystère de la foi, et s’il faut pour cela saluer le gros travail esthétique et technique opéré sur le film, il faut aussi admirer la prestation très poussée de Bartosz Bielenia, l’interprète de Daniel. Aussi crédible en jogging qu’en soutane, le jeune homme fait sensation dans ce rôle qui semble taillé sur mesure pour ses traits émaciés et son regard acier halluciné. Ces yeux incroyables qui reflètent aussi bien l’extase de la défonce que l’ardeur de la foi, captivent les spectateurs/trices autant devant l’écran qu’à l’intérieur, lorsque les villageois découvrent avec un intérêt étonné ce nouveau ministre du culte.

Rien qu’autour de cette imposture, le film avait de quoi nourrir une réflexion passionnante sur la rédemption. Mais s’y ajoute la situation particulière du village qui accueille le « père Tomasz », endeuillé un an plus tôt par un accident de la route qui a causé la mort de 6 jeunes du coin ainsi que d’un homme d’âge mûr à la réputation d’alcoolique. Divisée par le chagrin et la rancœur, la petite communauté ne parvient pas à aller de l’avant en dépit de prières réitérées devant les photos des adolescent(e)s disparu(e)s. Eliza, sœur d’une des victimes, est la première à percevoir dans le nouvel arrivant la possibilité d’une aide pour surmonter le drame. C’est là toute la supériorité, peut-être, de Daniel sur un vrai prêtre qui serait sorti de l’école et du séminaire : la culpabilité, le poids du regret, la difficulté d’avancer, l’enfermement causé par les préjugés, le jeune homme connaît. Fort de son expérience et de sa croyance, il se lance malgré des débuts chaotiques (la première confession) dans un travail de longue haleine pour ramener la paix dans sa paroisse et rendre à chacun(e) le repos qui lui est dû.

Intense à l’image de son personnage, le récit nous prend dès l’ouverture et ne nous lâche jamais, fixant sur nos rétines l’image hallucinée de cette figure de miséricorde qui vient nous faire toucher du doigt le sentiment de la grâce.

Un commentaire sur “« La communion » : heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de dieu

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :