« Petite fille », le courage d’être soi

Quand elle est née, les parents de Sasha pensaient qu’elle était un garçon. Mais quand elle a été en âge de parler, Sasha a exprimé qu’elle était une fille. Depuis, sa famille lutte pour que tout le monde reconnaisse et accepte leur enfant pour qui elle est…

Après nous avoir déjà livré cette année le magnifique Adolescentes, qui mêlait sur cinq ans les portraits croisés de deux jeunes amies, le documentariste Sébastien Lifshitz revient clôturer l’année 2020 avec Petite fille. Ce film très attendu, qu’on aurait dû pouvoir déguster en salles lors du festival Chéries-Chéris en novembre, a finalement trouvé sa place sur Arte où il est disponible quelques semaines. Il faut souligner, avant de parler du film en lui-même, l’importance que revêt sa diffusion à la télévision à une heure de grande écoute, ainsi que sa mise en disposition gratuite et légale en ligne.

Car le film de Sébastien Lifshitz est une œuvre d’utilité publique. Rarement un long-métrage aura eu un tel enjeu pédagogique que celui-ci, dont la simplicité des images vaut toute la complexité des discours pour tenter d’ouvrir les esprits chagrins. Tout commence par un homme qui accepte, lui-même, sa curiosité en rien malsaine pour le parcours d’autrui. Découvrant que la dysphorie de genre peut survenir dès la prime enfance, le réalisateur se met en quête d’un(e) enfant incarnant cette singularité afin de montrer son parcours, semé d’embûches, mais aussi d’une grande lumière dans le cas qu’il a choisi, celui de Sasha.

Car Sasha, si elle doit et devra sans doute longtemps hélas, comme sa mère le souligne à plusieurs reprises, compter avec des personnes intolérantes qui tenteront de lui compliquer la vie, a pour elle un atout dont on mesure bien l’importance : une famille aimante. La maison des Kovac fait office de demeure des sept nains au milieu de la forêt arpentée par la sorcière. C’est le repaire des gentils dans les contes, l’endroit protégé de tout où les enfants peuvent s’épanouir sereinement, vaquer à leurs jeux dans la pleine lumière du jardin, s’inventer des mondes au milieu des innombrables poupées, le regard rêveur comme l’a si souvent Sasha lorsqu’elle semble oublier la caméra. Dans cette maison se trouve une famille présentée comme idéale. Une mère si dévouée à son combat pour la liberté et l’épanouissement de sa fille cadette qu’elle a bien conscience que le reste de la fratrie pourrait en souffrir, des frères et sœur extrêmement solidaires et compréhensifs, d’une maturité rare, et un père soutenant sans aucune ambiguïté sa fille dans chaque démarche.

Princesse Sasha en son royaume virevolte avec grâce dans ses robes à papillons, mais hors du périmètre sacré de la maison, sa vie se trouve ternie ainsi que l’éclat de son regard à cause de celui des autres. On ne verra presque rien du quotidien de Sasha au-dehors, en raison d’un refus acharné de l’école où elle est scolarisée de participer au film. Quelques cours de danse où on l’appelle « bonhomme » suffisent à nous fendre le cœur. Plus encore, ce sont les rendez-vous avec la pédopsychiatre qui déchaînent l’émotion. Lorsque cette petite fille taiseuse si encline à prendre sur elle comprend qu’elle peut ici relâcher la pression et que les larmes lui viennent à l’évocation de sa maîtresse ou de ses camarades, que la caméra pudique mais volontaire nous montre sans trop en faire mais sans rien dénier la réalité toute concrète de ce chagrin d’enfant intense, impossible de ne pas être touché(e) en plein cœur. Nous pleurerons, avec et comme Sasha, atteints autant par l’injustice des épreuves qu’elle subit parce que certain(e)s refusent d’entendre qu’elle n’est pas ce qu’ils voudraient croire, que par la douceur de son entourage, et tout cet amour comme une chrysalide enveloppant la jeune âme-papillon.

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7 commentaires sur “« Petite fille », le courage d’être soi

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  1. Mère courage beau temoignage la famille est courageuse Sasha est exceptionnelle et une belle petite fille . Je souhaite beaucoup de courage à cette belle famille unie dans la tolérance et le respect de leur fille.

  2. Bravo pour ce magnifique documentaire .Bravo aux parents pour tout cet amour pour la Petite Sasha .Oui c est une magnifique petite fille qui m a ému aux larmes . Courage ma petite chérie
    Lors des cours de danse honte à la professeur de danse qui ne lui a pas proposé la même tenue que les autres petites filles.

  3. J’ai 62 ans, je suis Maman de 3 garçons: Sasha, je t’admire, je te trouve très courageuse, vraie, magnifiquement belle et profondément juste. je suis persuadée que tu te réalises dans ta justesse et ta beauté intérieure et que tu es en train de trouver l’équilibre pour Être au plus intime de Toi-même: Sois Toi, Vis et tout s’alignera dans le juste et le vrai pour toi. Aime- toi, puise en Toi ta richesse intérieure: tu es un diamant qui va briller de mille feux. Je t’aime.

  4. Tu es une merveilleuse petite fille Sasha.
    C’est un documentaire très poignant qui m’a fait pleurer.
    Comment les gens peuvent être inhumain, sans cœur.
    Et l’école qui a mis du temps avant d’accepter qui elle est, qu’elle honte.
    Ainsi que la prof de danse qui lui donne un costume de garçon alors que toutes les autres petites filles ont un costume identique. Ça m’a fait mal au cœur, on pouvait lire son mal être. Y’a des attitudes qui me dépassent.
    En tout cas, C’est une belle famille aidante et soutenant pour Sasha, avec beaucoup d’amour.
    Bravo petite Sasha. Soit forte, tu es merveilleuse.

  5. bonjour, je voudrais savoir si Sasha lit tous ces commentaires… ce que je souhaite; Ou alors, comment peut-on lui écrire personnellement?

    1. Bonjour, je ne pense pas que Sasha ait connaissance de ma chronique. Vous pourriez contacter Arte, qui a diffusé et co-produit le documentaire, afin de savoir où lui écrire.

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