« Le vent se lève », ce qu’indépendant veut dire

Entraîné par son frère Teddy, Damien renonce à poursuivre ses études de médecine à Londres et rejoint l’IRA qui lutte contre la présence anglaise et réclame l’indépendance de l’Irlande.

Première Palme d’or de Ken Loach en 2006, dix ans avant I, Daniel Blake, Le vent se lève n’est pas son premier film d’époque, mais c’est la première fois qu’il évoque le passé de son propre pays, d’une façon qui selon lui donne à réfléchir sur le présent. Accompagné de son équipe fidèle et en particulier de son scénariste attitré Paul Laverty, le cinéaste social délaisse son analyse des travers du monde capitaliste contemporain au profit d’une grande fresque irlandaise, dans un décor champêtre qu’il retrouvera quelques années plus tard pour Jimmy’s Hall.

Acclamé par la critique et le jury cannois qui a voté pour lui à l’unanimité, le film dont le titre original est tiré d’une chanson traditionnelle irlandaise a en effet des qualités qui peuvent expliquer cette bonne réception. D’abord, il est évident que la préparation du film a donné lieu à un travail de documentation conséquent. On sent que le cinéaste maîtrise son sujet, qu’il sait de quoi il parle, ce qui transparaît dans les dialogues politiques précis et détaillés sur la situation de l’Irlande à partir de 1920. De plus, il a choisi un casting où, hormis la tête d’affiche Cillian Murphy, se mêle des acteurs de théâtre et des comédien(ne)s locaux/ales, qui pour nombre d’entre eux/elles ont des souvenirs de famille liés à la situation narrée dans l’œuvre, ce qui contribue à leur implication et à la grande impression de réalisme qui se dégage au visionnage. Le travail a payé : le film est solide, la réalisation maîtrisée et très (trop ?) propre.

Cependant, à défaut d’être aussi calé sur le sujet de l’histoire de l’Irlande au XXe siècle que Ken Loach et son équipe, l’intrigue se révèle difficile à suivre. L’entrée en matière est rapide, sans que nous ayons le temps de distinguer les personnages. C’est sans doute la nature de la scène de tension qui veut que leurs visages et leurs noms nous soient jetés pêle-mêle lorsqu’ils se retrouvent alignés devant un mur par les soldats britanniques, mais il en résulte une confusion persistante sur les identités des personnages. Il n’y a guère que Damien (Cillian Murphy), le protagoniste, qui se détache grâce à son regard bleu très identifiable. Même Teddy n’est clairement désigné comme son frère qu’à près de la moitié du film, et encore, à un moment où le visage de Padraic Delaney ne nous est pas montré, de sorte que le doute puisse persister. Rien n’est clair, tout est confus : on ne sait pas qui est qui, ni non plus qui soutient quel camp. Tout le monde ne sait pas reconnaître les différents uniformes, hélas, et il sera donc complexe de réellement saisir les tenants et aboutissants des conflits qui opposent ces jeunes ruraux.

Ce qu’on en comprend malgré tout, c’est l’absurdité d’une guerre qui met face à face des pauvres hères, d’origine comparable, socialement et économiquement défavorisés, ouvriers ou paysans, qui se retrouvent à s’entretuer entre frères ou copains d’enfance pour des idéologies auxquelles ils ne sont pas toujours bien sûrs de croire.

À défaut de tout saisir, c’est l’ennui poli qui prédomine malgré de jolies performances comme celle d’Orla Fitzgerald, qu’on voit malheureusement trop peu. Il manque l’émotion qui submerge dans les œuvres contemporaines du réalisateur, celles où l’on peut s’y retrouver et s’identifier plus aisément.

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