« Nebraska » : toucher le gros lot

Woody Grant a reçu une lettre lui annonçant qu’il a gagné un million, pour peu qu’il s’abonne à des magazines. Alors que tout son entourage tente de lui faire comprendre qu’il s’agit d’un dépliant commercial, son fils David se résout à l’emmener à Lincoln toucher son prix…

Movie Challenge 2020 : un film ayant remporté le prix d’interprétation à Cannes

Après The Descendants, qui explorait déjà les relations parent-enfant notamment avec le duo George Clooney-Shailene Woodley, Alexander Payne est passé de Hawaii au Midwest en conservant sa thématique. Ici, c’est une relation père-fils que le cinéaste explore au cours d’un road trip dans lequel Woody (Bruce Dern) entraîne son fils (Will Forte), de Billings, Montana, à Lincoln, Nebraska.

Dans un noir et blanc épuré, le réalisateur met en avant dès l’ouverture la silhouette solitaire et brinquebalante de ce vieil homme déterminé, envers et contre les siens et toute raison, à aller, à pied s’il le faut, chercher son million à Lincoln. Tous et toutes ont beau lui marteler qu’il s’agit d’un courrier publicitaire, ou pire d’une arnaque, il est convaincu d’être devenu riche par la grâce de ce prospectus, et déterminé à utiliser l’argent pour se racheter une grosse voiture, lui qui ne conduit plus, pour avoir trop pris le volant alcoolisé.

C’est dans une Amérique profonde que nous plonge le récit, de petits pavillons démodés en pubs du coin en passant par les longues routes désertes qui sillonnent les grandes plaines. Avec son absence de couleur qui esthétise le quotidien précaire tout en en soulignant le manque de fantaisie et d’éclat, son histoire de rapprochement père-fils et son rythme lent qui prend le temps à la fois de préparer ses gags et de laisser mûrir ses personnages, le film avait effectivement tout pour conquérir les festivals et a valu à Bruce Dern le prix d’interprétation à Cannes en 2013. Une récompense méritée pour un rôle qui permet à l’acteur une prestation nuancée, qui évite le cabotinage malgré un personnage aux traits de caractère bien dessinés : inconséquent, râleur, tête de mule, crédule, jouisseur, capricieux, Woody est un genre de vieil enfant qui ne supporte pas les obstacles et que rien ne saurait détourner de son idée. Mais il est aussi un homme généreux qui a maintes fois aidé financièrement ses proches au lieu de songer à épargner, comme cela est révélé lors d’une escale fortuite dans sa famille.

Le film profite de son point de départ, cette histoire de gros lot, pour une petite satire des rapaces qui se souviennent brusquement de dettes imaginaires ou se trouvent soudainement proches de la personne qui s’enrichit afin de quémander leur part. Rien de très nouveau de ce côté mais c’est bien fait, avec une écriture de dialogues ciselée et des interprétations convaincantes. Dans le mélange des tons grinçant, mélancolique, humoristique, la prestation la plus remarquable reste toutefois celle de June Squibb, en femme agacée par son mari dont elle supporte les travers depuis des décennies, mais qui n’envisagerait pourtant pas de le quitter. L’actrice habituée des séries livre un second rôle plein de vitalité et de caractère, bien servi par le texte il est vrai, et la scène où elle présente à son fils toute la famille de son époux au cimetière est un morceau d’anthologie.

De la douceur et de l’acidité, de la mélancolie et une vraie force vitale, ce Nebraska a beaucoup d’atouts pour séduire, à condition qu’on se laisse mener par le rythme de Woody, à l’instar de son fils.

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