« I feel good », un capitaliste fanatique chez Emmaüs

Monique, qui s’occupe d’un village Emmaüs, voit débarquer son frère Jacques dont elle n’avait pas de nouvelles depuis 3 ans. Toujours en quête d’une idée pour faire fortune, il veut se lancer dans un business de chirurgie esthétique low cost pour les gens modestes…

Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai gardé pour la fin I feel good dans ma rétrospective désordonnée des films de Benoît Delépine et Gustave Kervern, peut-être simplement parce que c’était le dernier en date avant Effacer l’historique, ou parce que je me souvenais que la bande-annonce ne m’avait pas emballée.

Mais vraiment, autant certains films déçoivent quand on a vu les trailers qui dévoilaient les meilleurs moments, autant ici justice n’était pas rendue à ce film très riche. D’abord, il y a une confrontation, comme autrefois dans Aaltra, entre deux systèmes de valeurs : celui de Monique, hérité de ses parents communistes, fondé sur le don et le partage, et qui trouve son application dans son travail chez Emmaüs, et celui de Jacques, son frère, jeté hors de la maison paternelle après des années improductives, apôtre acharné d’un capitalisme qui pourtant ne lui a rien laissé qu’un peignoir de thalasso. D’un côté le look décalé d’une Yolande Moreau affublée de dreadlocks platine, de l’autre Jean Dujardin qui a tôt fait de troquer le peignoir pour un costard.

Tout les oppose, mais dans ce centre Emmaüs où elle vit, Monique est prête à tout pour que son frère se sente bien et trouve sa place. C’est l’occasion pour lui de rencontrer toute une galerie de personnages (des comédien(ne)s et ami(e)s des réalisateurs pour les rôles principaux, de vrais habitant(e)s du village pour les autres) qu’il déstabilise en tentant de les appâter avec son nouveau business. Jacques incarne à peu près tout ce que la société capitaliste a de détestable, et c’est une vraie gageure d’arriver à faire tenir les spectateurs/trices qui suivent le parcours de ce personnage, sans qu’on ait envie de s’échapper, car plus le temps passe, plus Jacques semble nuisible. Mais sa négativité est contrastée par la bienveillance de Monique et également la géniale ambiance des lieux. Les décors sont fantastiques, avec des petites maisons de bric et de broc toutes uniques, dans un esprit qui rappelle le quartier autogéré de Christiania à Copenhague (la drogue en moins dans ce qu’on en voit à l’écran). Ces lieux chamarrés et leurs habitants avec des vraies « gueules » de cinéma (un peu comme dans Les invisibles) introduisent une lumière qui nous retient d’abandonner Jacques à son triste sort bien mérité. Et puis le film est drôle, avec des plans-séquences excellents et toujours un sens du cadrage hors pair, mais aussi des punchlines dans les dialogues comme on en trouvait dans Le Grand soir (« C’est terminé le temps des cerises, maintenant c’est le temps des noyaux. »).

La force des lieux, qui rythment le film à travers des plans sur les objets jetés, les ateliers où le bric-à-brac s’amoncelle et les répétitions nocturnes des musiciens, est telle que l’aspect road trip n’apparaît que très tardivement dans le film, pour relancer l’action et donner lieu à une chute qui constitue une vraie bonne idée. Le film porte bien son titre, avec sa fraîcheur et sa fin feel good, ode à la solidarité et au partage. Une belle façon de conclure cette filmographie… en attendant le prochain !

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