« Kajillionaire », ma part du gâteau

Old Dolio et ses parents sont les rois de l’arnaque. Au cours d’une de leurs combines, ils rencontrent Mélanie, d’abord exaltée par le frisson de l’interdit…

C’était une des grandes attentes de la compétition du Festival du cinéma américain de Deauville 2020, même s’il est reparti bredouille, et c’est bien dommage car c’est probablement mon film préféré de cette édition deauvillaise. En dépit d’un côté « portrait d’Américains modestes qui galèrent pour joindre les deux bouts », un topos bien connu du festival, le film de Miranda July a pour lui une certaine folie, qui n’est pas sans rappeler le récent Felicità (la façon dont la famille tente de passer incognito en se pliant en deux ressemble très clairement à l’affiche du film de Bruno Merle). On suit une famille bien barrée, qui vit dans un « logement » improbable où une mousse rose suinte du mur à heures fixes, ce qui donne une certaine poésie à un quotidien somme toute assez misérable. Robert et Theresa ont choisi une vie hors système, où les moyens de subsister se gagnent par des combines astucieuses qui demandent souvent beaucoup d’efforts pour peu de résultats. Ces arnaques délirantes confèrent au film de Miranda July un humour cynique délicieux (la scène de vie domestique chez le mourant) et une humeur perpétuellement sur le fil. À l’instar de l’hypersensible Old Dolio (Evan Rachel Wood), si peu habituée à la tendresse que le moindre contact humain la met dans tous ses états, on se demande en permanence si on doit rire ou pleurer de la situation, dans laquelle Mélanie (Gina Rodriguez) vient semer le trouble. Avec l’arrivée d’une étrangère, la cellule qui n’avait de familiale que les liens du sang est remise en cause au profit de la possibilité nouvelle pour Old Dolio d’une émancipation. Fun et intelligent, le scénario nous tient en haleine à mesure que les tensions s’installent, de nature bien différente, entre la jeune femme et ses parents d’une part, et avec la nouvelle venue d’autre part. Sous ce titre mystérieux, que le père emploie pour désigner ceux qui ont tout, l’argent et les plaisirs de la vie, se cache une revendication progressive du droit à sa part du gâteau, non seulement économique, mais surtout affective. Avec son univers délirant et ses personnages attachants dans leur bizarrerie, le film de Miranda July est un vrai plaisir de cinéma dont la forme transmet les émotions.

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