« Les suffragettes » : apprendre à conquérir ses droits

Maud Watts travaille dans une blanchisserie et se contente de peu, jusqu’à ce que sa nouvelle collègue Violet l’entraîne dans le mouvement de réclamation du droit de vote féminin…

J’avais repéré ce film depuis un certain temps, évidemment pour son sujet éminemment féministe : le combat de femmes anglaises pour obtenir le droit de vote (qui leur a été accordé partiellement en 1918 et à égalité avec les hommes dix ans plus tard).

Porté par Carey Mulligan, toujours à son aise dans des rôles de femmes déterminées (on pense à sa version de Bathsheba Everdeene dans Loin de la foule déchaînée), le film s’attache à montrer les événements avec réalisme et sérieux. La réalisation de Sarah Gavron (dont le nouveau long-métrage, Rocks, vient de sortir) est très linéaire et l’ensemble a quelque chose d’un peu trop classique, à la fois dans l’esthétique des plans, dans le montage et dans l’écriture. Rien ne surprend vraiment, on est dans le registre du film historique assez pédagogique, qui nous apprend beaucoup de choses sur l’époque qu’il dépeint plus qu’il ne nous embarque visuellement ou émotionnellement.

Sur le fond, on ne pourra pas toutefois reprocher aux actrices de manquer d’investissement, même si j’ai regretté qu’on n’aperçoive que brièvement la figure d’Emmeline Pankhusrt, d’autant que c’est Meryl Streep qui prête son talent à la militante. Pour tenter de nous faire entrer peu à peu dans le sujet, et peut-être par crainte de braquer des spectateurs/trices qui ne seraient pas acquis(es) à la cause, le scénario prend le parti de suivre non pas une militante convaincue comme Violet (Anne-Marie Duff, vue dans Sex Education récemment), mais une jeune femme qui d’abord ne s’intéresse pas à la politique. Maud est embarquée presque par hasard dans le mouvement de revendication, et passe la majeure partie du film à renier le qualificatif de « suffragette ». Il faut que ses actions aient un impact majeur et terrible sur sa vie personnelle pour qu’elle comprenne enfin ce que le patriarcat lui confisque depuis des années, au-delà même de la question du vote qui ne devient finalement qu’une étape dans une réflexion émancipatrice plus vaste. Pourtant, le film ne s’embarrasse pas toujours de subtilité pour bien nous montrer à quel point les femmes sont dépendantes des hommes dans une société où les patrons pratiquent allègrement le droit de cuissage, y compris avec des mineures, où l’homme seul a des droits sur les enfants du couple, et où il est interdit pour une femme de rêver d’un autre destin pour sa fille.

Ce qu’on retient du film, plus que le visionnage lui-même, c’est l’importance de la lutte pour nos droits, et ce que l’on doit à des figures souvent méconnues qui n’ont pas hésité à tout sacrifier pour que d’autres, à défaut d’elles, bénéficient d’une vie meilleure.

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