« Les héritiers », devoir de mémoire

Anne Gueguen, enseignante d’histoire-géographie, décide d’inscrire sa classe de seconde 1 au concours de la résistance. Les élèves peu disciplinés ne sont pas très emballés…

Je ne connaissais pas du tout ce film de Marie-Castille Mention-Schaar, mais je l’ai découvert dans une sélection d’Arte dédiée à l’école, à l’occasion de la rentrée scolaire. Soit, un film de plus sur les profs à mettre dans ma besace ! L’intrigue est scénarisée « d’après une histoire vraie », une inspiration à la mode et fréquente chez la réalisatrice (c’est plus ou moins le cas pour Le ciel attendra, construit à partir de témoignages réels, et également pour le prochain A good man qui a déjà pas mal fait parler de lui – et pas vraiment en bien).

On suit donc Anne Gueguen, une prof d’histoire-géo très impliquée, qui tient à faire savoir à ses élèves en début d’année qu’elle aime son métier et souhaite leur éviter « une morosité qui n’est pas la mienne ». La fringante enseignante est interprétée par Ariane Ascaride, un atout certain pour un film qui se veut plein d’humanité et touchant à des sujets sociaux. On a l’impression que la comédienne fétiche de Robert Guédiguian n’a pas eu à forcer beaucoup son naturel pour jouer cette femme déterminée, enthousiaste, qui cherche à percevoir le meilleur de chacun(e) et refuse de se cantonner aux stéréotypes de classes qui l’entourent. Elle est l’un des grands points forts du film avec une prestation émouvante et investie.

Le second, c’est le réalisme d’une classe qui se chamaille, couve des romances ou des querelles, confronte au contenu des programmes scolaires la réalité de la vie courante, des croyances, des préjugés, des idées… Les jeunes élèves sont tous assez justes dans leur partition (on repère parmi eux Noémie Merlant et Stéphane Bak), mais on peut regretter que le scénario ait voulu courir trop de lièvres à la fois, effleurant tout un tas de sujets par des scènes qui n’auront jamais de suite, ouvrant des pistes qui ne seront pas creusées : la conversion religieuse, le multiculturalisme et ses opposants, les couples mixtes, les signes religieux extérieurs, la violence en milieu scolaire…

Je me suis pas mal ennuyée le temps que le film démarre vraiment, et entre tardivement dans le vif du sujet (jusque-là, voir des élèves préparer leurs exposés, ce n’est pas le plus palpitant des spectacles) avec la rencontre avec Léon Zyguel, réel rescapé des camps qui intervenait pour témoigner en milieu scolaire (il est décédé peu après la sortie du film). La scène durant laquelle il raconte son histoire aux jeunes est forte par sa vérité, il est dommage qu’elle soit un peu hachée par un montage hasardeux avec ces fondus au noir qui nous sortent du témoignage.

Sur le fond, c’est un peu plein de bons sentiments, et toujours cette idée du gentil prof qui vient « sauver » ces élèves de banlieue en les ouvrant à une culture plus « officielle », ici carrément avec un passage sombre de l’histoire de France et d’Europe, et des références culturelles inattaquables (le Journal d’Anne Frank, Une vie de Simone Veil). L’ensemble fonctionne pour toucher et rappeler aux enseignant(e)s des situations bien connues (c’est le jeune Ahmed Dramé, acteur dans le film et ancien élève de la classe ayant participé au concours qui a écrit la première version du scénario), mais pas sûre qu’il laisse beaucoup de souvenirs a posteriori.

 

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