« La solitude d’une goutte de pluie », email d’une inconnue

Benoît, directeur marketing, papillonne d’une fille à l’autre sans trop savoir ce qu’il attend de la vie. Emma constate que sa mère est devenue accro à Internet, tandis que Myriam se trompe d’adresse pour envoyer un email…

J’ai eu la surprise de recevoir ce roman de la rentrée littéraire des éditions L’âge d’homme, et j’aimais assez le titre, suffisamment pour me lancer dans une lecture que j’imaginais dans une veine à la Nicolas Delesalle (Un parfum d’herbe coupée). En fait, il est assez peu questions de sensations dans le roman, qui s’attarde bien plus sur les communications électroniques et les états intérieurs des personnages que sur leurs sensations.

Le personnage de Benoît a tout de l’archétype qui sillonne la littérature contemporaine, quelque part entre un protagoniste des nouvelles d’Arnaud Modat, en un peu plus lisse et écrit avec une plume moins acide, et l’Adrien du Discours de Fabcaro (d’ailleurs le personnage exprime explicitement sa détestation des discours), en moins mélancolique et tendre. Ce Benoît est hypocondriaque parce qu’il est de bon ton de l’être pour montrer la faillibilité des hommes d’aujourd’hui, mais finalement passé le premier chapitre on oublie ce trait qui ne réapparaît pas, et il devient surtout un type qui a perdu le sens : celui de son boulot, un énième avatar de bullshit job, et celui de sa vie sentimentale, chaque conquête le laissant un peu plus indifférent que la précédente. Il faut dire qu’on trouve chez Benoît un vieux fond de misogynie digéré, avec force clichés sur les femmes qui l’entourent. Même si le personnage n’est pas très sympathique, l’écriture l’est assez, racontant avec alacrité son quotidien, faisant de chaque événement minime comme un palier dans une quête qui dépasse son protagoniste.

Et puis il y a, en contrepoint, le journal intime d’Emma, une ado futée préoccupée par la neurasthénie de sa mère, et bien décidée à l’aider à retrouver quelqu’un. Sans être très au fait des expressions des jeunes d’aujourd’hui, Fabien Muller compose une jeune fille très en verve et déterminée, dont on ne comprend pas au premier abord le rapport avec la vie de Benoît. Les pièces du puzzle se mettent toutefois assez rapidement en place, avec comme trait d’union l’absente, Myriam, dont les pensées ne nous sont jamais communiquées et qui reste dans le livre une sorte de fantôme séduisant.

Le jeu du hasard, un peu aidé par Emma, qui fait bien les choses fait penser à On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise et d’autres titres d’Isabelle Minière, dans cette façon de promener les lecteurs/trices jusqu’à « la » rencontre qui pourrait changer la vie des personnages. Le schéma narratif est plaisant, on ne s’ennuie pas et on a envie de savoir la fin, même si on peut s’en douter. On est presque du côté de la romance ou du feel-good, avec ce petit livre plus léger qu’il n’en a l’air. Pour ses prochains écrits, on conseillerait volontiers à Fabien Muller de garder ce style enlevé agréable, de développer la psychologie de ses personnages (féminins en particulier) et de détourner les clichés.

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