« Madame Hyde », la torche pédagogique

Madame Géquil, professeure de physique-chimie, peine à se faire entendre et respecter de ses élèves de lycée pro. Lors d’une expérience, elle est traversée par la foudre et se trouve soudain pleine d’énergie…

Je ne résiste jamais à ma curiosité pour les films sur le monde scolaire, alors après Primaire, Les grands esprits, ou encore La vie scolaire, je me suis laissée tenter par Madame Hyde, à disposition sur Arte.

Je ne connaissais pas du tout Serge Bozon, dont le prochain projet est pourtant alléchant (une comédie musicale revisitant Don Juan), et j’ai été rapidement perplexe devant l’univers qu’il déploie dans le film, un mélange de réalisme social sur la difficulté d’enseigner dans les banlieues défavorisées (ce qu’on a déjà vu et revu au cinéma) et de fantastique, effets spéciaux à la clé.

Les deux coïncident dans une sorte de décalage permanent perceptible dès le générique avec des photos accompagnées d’une musique mélancolique, puis dans le silence, avant le retour de la musique. C’est comme si tout le film était un peu bancal, de guingois, avec quelque chose qui ne coïncide jamais vraiment. Le jeu et les dialogues sont atteints de cette impression d’étrangeté, sans que je réussisse à savoir si c’est vraiment volontaire. Les répliques sont balancées presque à blanc par les acteurs/trices interprétant les élèves, comme sans intention, et on se demande si c’est voulu pour créer le malaise ou donner une impression de fausseté, façon « la vie est un songe » ou si c’est un problème de direction d’acteurs/trices. Face à eux, Isabelle Huppert incarne une prof qui aime sa discipline mais n’a aucune compétence pour transmettre ce goût. Manquant cruellement de charisme et d’autorité, cette Marie Curie contemporaine, telle que le film cherche à la dépeindre (look vintage, couple de Pierre et Marie formé avec l’époux José Garcia, découverte scientifique majeure…) s’égosille face à des élèves blasés. On ne sait pas si on est censé rire ou éprouver de la compassion, mais le résultat est plutôt agaçant avec ses cris suraigus et la mollesse des élèves qui finit par contaminer jusqu’au scénario. Il faut attendre la troisième partie pour que le film décolle un peu, conférant à Mme Géquil des pouvoirs qui la dépassent et s’expriment, après des balades nocturnes (en voilà un pouvoir passionnant) par une capacité à cramer tout ce qui se dresse sur son passage. On est donc dans un genre de 4 fantastiques où la Torche est une petite prof qui ne demande qu’à sauver son élève chouchou (parce qu’handicapé, allons gaiement dans le cliché malsain) de la vilaine influence des rappeurs de la cité (je n’invente rien).

Le film se veut un genre de fable pédagogique où la passion de Mme Géquil pour la physique et en particulier l’électricité finit par se transmettre à son élève sous l’effet de l’énergie que son nouveau pouvoir lui offre. Sacrifiée sur l’autel du savoir, l’insignifiante prof de lycée pro se mue en une sorcière qui fait peur (pas aux spectateurs/trices en tout cas) mais accomplit tout de même sa mission pédagogique, au prix de quelques brûlures au 3e degré (mais qu’est-ce qu’un corps abîmé face à la soif de connaissance retrouvée, n’est-ce pas ?). On ajoutera José Garcia en mari à côté de ses pompes et Romain Duris en proviseur je-sais-tout pour obtenir un des films français les plus bizarres de ces dernières années, qui rappelle par certains aspects la tentative scolaire de Bertrand Bonello avec Zombi child (qui avait toute sa partie historique pour convaincre davantage). Quant au film de Serge Bozon, je peine encore à comprendre où il voulait en venir avec cette relecture de Stevenson. Pour rendre hommage à l’auteur, allez plutôt voir Antoinette dans les Cévennes !

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