« Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait », et celles qu’on ne fera pas

leschosesquonditDaphné et François doivent recevoir le cousin de celui-ci pour quelques jours de vacances à la campagne. Mais François doit s’absenter, et Daphné est donc seule pour accueillir Maxime, avec qui s’installe rapidement un jeu de confidences intimes…

Un nouveau film d’Emmanuel Mouret est toujours un grand événement à mes yeux dans une année cinéma. Je n’ai jamais caché à quel point ce cinéaste est un de ceux dont les œuvres touchent toujours ma sensibilité personnelle avec le plus d’acuité. Avec Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, j’ai eu très vite l’impression de me sentir en terrain connu, comme on retrouve le chemin d’une maison où l’on a vécu plein de souvenirs. D’emblée, un sujet me parlait beaucoup dans la conversation qui s’amorce entre Daphné (Camélia Jordana) et Maxime (Niels Schneider) : les velléités d’écriture du jeune homme, trop happé par sa vie quotidienne et par ses ambitions pour réussir vraiment à s’y mettre. J’aurais d’ailleurs aimé que ce fameux roman « sur les sentiments » fantasmé par le personnage prenne de l’importance au fil du récit, mais ce n’est pas le chemin que suit l’intrigue, qui se construit par récits enchâssés, selon une structure déjà mise en place par le réalisateur dans Un baiser s’il vous plaît, qui voyait deux inconnus échanger le récit de leur vie amoureuse. Ce nouveau film apparaît en quelque sorte comme une somme des œuvres précédentes du réalisateur (Mademoiselle de Joncquières étant un peu à part en tant qu’adaptation et film en costumes d’époque) : on y retrouve cette mise en abyme, mais aussi quelque chose d’Une autre vie. Outre le décor de la maison bourgeoise de campagne, il y a le thème de la résignation, et l’idée de l’insatisfaction amoureuse qui nous fait désirer toujours autre chose que ce que l’on a. C’est ce qui ressort de l’imbroglio amoureux qui se trame sous nos yeux, dans des situations tellement déjà vues qu’on dirait que le réalisateur s’est amusé à empiler tous les clichés de romances que l’on pourrait imaginer (adultères, vie à trois avec deux hommes désirant la même femme – pour une fois Mouret est plus proche ici de Truffaut que de Rohmer, adieux sur un quai de gare, liaison avec un homme marié pour que ça ne devienne pas trop sérieux…). On pourrait s’ennuyer devant ces problèmes de cœur de riches, dont rien n’est vraiment original que l’accumulation, s’il n’y avait le grand talent du cinéaste pour créer des atmosphères, les dialogues ciselés, et une direction d’acteurs/trices toujours aussi parfaite. Les femmes, surtout, sont remarquables dans le film : Camélia Jordana qui trouve ici son premier vrai rôle d’adulte, enceinte avec un compagnon et un emploi stable ; Jenna Thiam qui montre une facette moins physiquement incandescente et plus facétieuse et spirituelle ; Émilie Dequenne, qui elle seule aurait pu jouer ce rôle sacrificiel de femme au grand cœur sans que cela paraisse un cliché sexiste ; et jusqu’à l’apparition fort sobre de Julia Piaton, pas toujours inspirée jusqu’ici dans le choix de ses projets. Porté par des choix musicaux très classiques mais toujours extrêmement pertinents pour faire jaillir le lyrisme amoureux, le film tient sur la durée en faisant monter, derrière les apparents ressorts presque vaudevillesques de ces situations amoureuses compliquées, une mélancolie qui emporte tout sur son passage. Il y a les choses qu’on dit, les idéaux que l’on professe, les décisions que l’on rêve de prendre, et il y a la facilité de se laisser emporter par la vie, des lâchetés quotidiennes qui choisissent pour nous et par défaut, et la beauté dans nos souvenirs de passions d’autant plus fortes qu’on ne les aura pas vécues.

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