Festival de Deauville 2020 – mercredi 9 septembre

Je triche un peu avec la présentation de deux films de la compétition découverts avant même mon arrivée au festival !

« Holler » – en compétition

holleraffiche

Ruth a de bons résultats au lycée, et son frère pense qu’elle pourrait poursuivre ses études. Mais pour ça, il faut de l’argent, alors tous deux s’embarquent, en plus de leur job, dans un trafic de métal…

Tous les ans, j’ai l’impression que plusieurs films de la compétition sont parcourus par les mêmes thématiques. Cette année, et ce n’est sans doute pas sans lien avec le nombre de réalisatrices en compétition, l’épanouissement de jeunes femmes de milieux modestes des États-Unis semble être un thème récurrent. Dans Holler, Nicole Riegel s’inspire de sa propre jeunesse, dans un coin reculé de l’Ohio, pour mettre en scène le parcours de Ruth, incarnée par la Britannique Jessica Barden (que vous avez sûrement remarquée dans Tamara Drewe bien avant The End of the F***ing World). La lycéenne, qui doit se débrouiller seule avec son grand frère (Gus Halper) alors que leur mère addict aux médicaments est en prison, se rend compte qu’elle pourrait aspirer à des études supérieures, mais est confrontée à deux difficultés majeures : d’une part, elle n’a pas l’argent pour les financer, d’autre part, tout le monde hormis son frère cherche à l’en dissuader. Au mythe du self made man insinuant que chacun(e) pourrait devenir qui il/elle souhaite s’oppose le poids des espoirs déçus de générations entières dans cet environnement sinistré où les entreprises ferment les unes après les autres… Et c’est cette dure réalité économique qui permet l’essor d’un marché parallèle méconnu du cinéma, celui de la revente de métaux récupérés dans des usines désaffectées. Dans le blanc de l’hiver et le gris de ces décors de bâtiments sans âme qui vive, Ruth se confronte à l’effort physique, à la violence de ce milieu masculin, et son interprète y met beaucoup d’énergie et de conviction. Un peu dans la veine de Mickey and the bear, le film offre une voix à celles qui n’en ont pas et un role model intéressant pour les jeunes filles des États pauvres des USA.

« Lorelei » – en compétition

lorelei

Wayland sort de la prison où il a passé 15 ans et retrouve Dolores, son amour de jeunesse. La jeune femme est désormais mère célibataire, de trois enfants nés de géniteurs différents, et peine à joindre les deux bouts…

Le film de Sabrina Doyle débute un peu en trompe-l’œil, avec la sortie de prison de Wayland (Pablo Schreiber), qui fait penser au début de Bluebird. On pourrait croire qu’on va suivre la difficile réinsertion d’un ancien détenu, et sa tentation de replonger dans la violence. Mais rapidement, Wayland retrouve Dolores, sa petite copine d’avant l’arrestation (Jena Malone, actuellement à l’affiche d’Antebellum). En reprenant son histoire avec elle, il se retrouve à devoir gérer le quotidien avec trois enfants : un ado sportif, une pré-ado fan de karaoké et un petit en pleine réflexion sur son genre. Même si l’histoire est vue par le regard de Wayland, un peu déboussolé par ce nouvel univers, le film se développe peu à peu autour de Dolores. Ce qu’on voit d’elle à travers le regard de l’homme qui l’a aimée toute jeune et l’aime toujours, c’est l’écart entre l’avenir qu’ils pouvaient se rêver ado et la réalité qui est devenue le quotidien : les galères d’argent, le recours à l’aide alimentaire de la paroisse, l’impossibilité de faire des cadeaux neufs aux enfants, le boulot harassant et parfois humiliant… Autrefois nageuse, Dolores a vécu ce qui arrive trop souvent aux femmes, une possibilité de carrière interrompue par une grossesse. Avec le retour de Wayland dans le tableau, c’est à la fois la confrontation avec ses désirs d’ado qui la bouleverse, mais aussi une nouvelle opportunité qui s’ouvre si elle n’est plus seule pour assumer les enfants. Alors que l’homme tente de retrouver un emploi stable et d’enchanter le quotidien avec les moyens du bord, liant une jolie complicité avec les deux plus petits de Dolores, la jeune femme cherche à s’émanciper pour trouver qui elle veut vraiment être. Un peu comme Ruth dans Holler, son potentiel a été annihilé par les difficiles conditions d’existence, et tout le film consiste à tenter de retrouver l’émerveillement de la jeunesse (symbolisé par le drôle de véhicule que conduit Wayland, puis par le nouveau métier de Dolores). La fin du film bascule de la chronique sociale vers quelque chose de plus poétique et onirique, donnant un peu d’espoir à tous les Wayland et à toutes les Dolores en mal de douceur.

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