« Comme un empire dans un empire » : le monde du dedans

Antoine, assistant parlementaire, doit aider son député à comprendre un projet de loi autour de la cybercriminalité. Par des amis communs, il rencontre L, une hackeuse dont le compagnon est en prison…

Je ne sais pas exactement ce qui m’avait attirée dans ce roman, le premier que je lis d’Alice Zeniter, dont j’ai pourtant entendu grand bien pour ses titres précédents. Je crois qu’avec ce sujet lié à l’informatique, j’avais en tête quelque chose entre Mr. Robot et Habemus piratam. Et vous me direz qu’il n’y a pas grand chose en commun entre Sam Esmail et Pierre Raufast, mais leurs œuvres ont en commun de faire comprendre clairement le lien étroit entre les capacités à jouer avec les codes du net, y compris du darknet, et le pouvoir.

La construction du roman d’Alice Zeniter a pourtant de quoi surprendre, car pendant une bonne moitié du livre, on ne voit pas très bien comment les deux sujets vont se rencontrer. Un peu comme dans Les Heures souterraines, il y a là deux mondes professionnels qui ne se rencontrent pas vraiment mais évoluent parallèlement : d’un côté, les problèmes « de riche » d’Antoine, attaché parlementaire en costume-cravate qui tente d’assouvir ses pulsions de gauche et d’éteindre son syndrome de l’imposteur avec la rédaction, à ses heures perdues, d’un roman autour de la guerre d’Espagne vue par Capa et Taro. De l’autre, l’existence entièrement tournée vers « le dedans » (le monde virtuel) de la grande L, dont la vie bascule à partir de l’arrestation de son compagnon Elias pour avoir piraté la société Harm-Ony.

Ce sont deux mondes d’angoisse et de paranoïa que l’on explore : le député a l’impression qu’on ne lui dit plus rien et que tout se joue dans son dos, ce qui fait rejaillir sur Antoine l’angoisse de perdre son poste, tandis que L se sent surveillée, suivie, espionnée, et se demande ce qui lui arrivera en premier, d’une arrestation ou d’un règlement de comptes. Malgré ces situations qui auraient dû provoquer une tension certaine, j’ai eu du mal à entrer pleinement dans le récit tant que les protagonistes restaient chacun(e) sur leurs rails, leurs chapitres alternés faisant à peine allusion l’un à l’autre.

J’ai pourtant appris dans le livre des choses intéressantes, comme la classification des trolls du net. Mais globalement, j’avais plus l’impression de m’instruire, comme on lirait un essai tourné de façon assez ludique, plus que de vraiment me plonger dans un roman. Il y a quelque chose d’un peu filandreux dans ces personnages, qui restent proches des archétypes, quelque chose qui m’a manqué pour m’attacher à eux, pour les ressentir autrement que comme des abstractions.

À partir de leur vraie rencontre, j’ai trouvé un peu plus d’intérêt à l’histoire, quand tous deux cherchent comment s’entraider (enfin plutôt quand Antoine met un peu de côté son nombrilisme pour essayer d’aider L). La partie à la ferme rappelle la tendance « retour à la nature » qui parcourt très largement la littérature depuis deux ou trois ans, et que j’évoquais déjà à propos de Serge Joncour récemment. Au final, sur près de 400 pages, le roman développe des thématiques intéressantes mais on ne peut pas dire qu’il se passe grand chose, alors que j’imaginais des opérations secrètes et des piratages de haute volée. Un peu dommage.

 

2 commentaires sur “« Comme un empire dans un empire » : le monde du dedans

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  1. Ah celui-là m’attirait beaucoup, mais « L’art de perdre » me tente toujours un peu plus (d’autant plus après avoir lu ta chronique) ! Je n’ai pas encore lu Alice Zeniter. Quand « l’art de perdre » est sorti en poche, mon libraire ne l’avait pas, j’avais dit que je repasserai et au final, je ne l’ai jamais acheté, rdv manqué.^^ Un jour… 🙂

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