Festival du Film Francophone d’Angoulême 2020 – dimanche 30 août

 

Deuxième jour moins chargé, avec un film en compétition et une avant-première au programme !

« Ibrahim » – en compétition

ibrahim

Ibrahim se rêve joueur de foot, mais en attendant il tente d’obtenir son CAP. Entraîné par un ami, il se fait prendre en tentant de voler dans un magasin et son père doit rembourser 3000 euros, ce qui l’empêche de payer le dentier dont il a besoin…

Je suis allée voir ce film un peu à l’aveuglette, ne sachant pas vraiment de quoi il retournait, mais comme il est en compétition, et qu’y apparaissent deux des grandes révélations de ces dernières années (Luàna Bajrami, vue dans L’Heure de la sortie et Portrait de la jeune fille en feu et Rabah Naït Oufella, repéré dans Grave et Meltem), je me suis laissée tenter.

J’ai d’abord cru qu’il serait beaucoup question de football, car le ballon rond passionne visiblement Ibrahim, qui joue en club et regarde les matches à la télé, rêvant le soir qu’une foule l’acclame comme Zlatan. Mais finalement le sujet reste effleuré, le film se concentrant sur la relation entre le jeune homme (Abdel Benaher, dont c’est le premier rôle) et son père (Samir Guesmi lui-même). Cette relation est faite d’un silence pesant comme une chape de plomb dans l’appartement qu’ils occupent, un silence interrompu presque uniquement par le père pour demander à son fils de l’aide avec les papiers administratifs, car l’homme ne lit pas le français. D’abord présenté comme un garçon sage, qui va en cours et assiste son père, Ibrahim dérive en suivant le mauvais exemple de son ami Achille, qui sèche les cours pour aller voler. Après une grosse bêtise, Ibrahim s’en veut et décide de récupérer l’argent nécessaire à payer le dentier de son père. Le film nous entraîne alors dans la spirale de la prise de risque, le jeune homme ne sachant pas jusqu’où il est prêt à aller. Il y a là quelque chose de paradoxal : alors que le père souhaite que son fils réussisse son diplôme, joue au foot et soit un bon garçon, c’est pour lui rendre service qu’Ibrahim s’éloigne de plus en plus de cette ligne de conduite. À mesure que le jeune garçon se perd dans ses larcins, la nuit envahit la pellicule, dont les scènes de jour se raréfie jusqu’au rapprochement avec Louisa, une camarade de classe décidée à aider Ibrahim. Il y a de la tendresse sous l’aspect bourru de ce film, de l’affection cachée sous la routine du quotidien entre deux hommes dont le lien du sang ne suffit pas forcément à combler les non-dits.

« Police » – avant-première

Police2020

Virginie, Erik et Aristide sont envoyés en mission pour une reconduite à la frontière, ce qui ne fait théoriquement pas partie de leur travail. L’homme qu’ils doivent accompagner à l’aéroport risque d’être tué dans son pays…

J’avais hâte de voir l’adaptation du roman d’Hugo Boris, qui m’avait plutôt bien convaincue à sa lecture. Je me souviens que j’avais aimé en particulier le fait de ressentir l’humanité des personnages derrière l’uniforme (et quand je dis humanité, je ne parle pas forcément de gentils flics comme dans Roubaix, une lumière mais de la complexité de la vie et des émotions des personnages, parfois en opposition avec la rigidité de leur fonction). J’avais donc fondé pas mal d’espoirs dans ce film, qui a pour lui des choix de casting pertinents : Virginie Efira dont le talent n’est plus à prouver, Grégory Gadebois toujours à l’aise pour incarner des personnages un peu bougons, Payman Moaadi qui réussit à transmettre des émotions malgré le peu de dialogues et la barrière de la langue. La meilleure surprise à mes yeux, c’est Omar Sy, qui réussit enfin à être bon ailleurs que chez Toledano-Nakache (souvenez-vous de sa prestation assez catastrophique dans Le chant du loup). On reconnaît à peine sa diction, tant il incarne ici un personnage différent, finalement plus sobre que dans le roman, en dépit des scènes où il chante en voiture. D’ailleurs les quelques scènes musicales ont été mes préférées du film, avec des choix de chansons réjouissants pour les amateurs/trices de variété française (Balavoine, Lavoine, Juliette Armanet).

Le début du film, qui présente la même journée par les yeux des trois flics, m’a paru un peu redondant, j’avais donc hâte que l’action démarre vraiment avec la mission de reconduite à la frontière, celle qui permet au livre de générer une tension de huis clos et des réflexions sur le devoir légal et moral. Malheureusement, dans le film, c’est là que tout se gâte vraiment. On voit tout ce qui aurait pu et dû advenir, les regards dans le rétro, les visages qui se crispent, les silences pesants, mais rien à faire, l’alchimie ne se crée jamais. La tension qui doit se nouer et attraper les spectateurs/trices ne survient jamais, et c’est vraiment un problème de réalisation plate et de montage manquant de nervosité, car le jeu y est et le texte est fidèle à celui d’Hugo Boris. L’ensemble reste flou et mou jusqu’au bout, ce qui constitue une vraie déception. Dommage qu’Anne Fontaine, qui s’en sort bien en termes de direction d’acteurs/trices, n’ait pas travaillé en binôme avec un(e) réalisateur/trice plus habitué du suspens, de la tension voire du polar, cela aurait pu compenser les faiblesses du film et donner une œuvre à la fois intéressante pour la psychologie de ses personnages, telle qu’elle l’est ici, mais aussi prenante et haletante, ce qu’elle échoue à être.

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