« Never Rarely Sometimes Always », faut-il souffrir pour devenir une femme ?

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Se sentant patraque depuis quelque temps, Autumn, 17 ans, découvre qu’elle est enceinte. À la « clinique des femmes » locale, l’avortement n’est pas une option, il est même interdit aux mineures sans autorisation parentale en Pennsylvanie…

Je voulais vraiment voir ce film depuis que j’avais vu passer les tout premiers avis élogieux, même si je pressentais que son sujet dur risquait d’en faire un moment de cinéma assez douloureux à vivre. J’ai tant bien que mal réussit à caser cette séance avant la saison des festivals (ce qui vous donne un indice sur ce que vous retrouverez sur le blog dans les semaines à venir !).

Depuis son premier film It felt like love en passant par la réalisation de quelques épisodes de 13 reasons why, la réalisatrice américaine Eliza Hittman s’est spécialisée dans la dépiction de l’adolescence, et particulier féminine. Dès la scène d’ouverture où Autumn, chantant dans un spectacle de l’école, subit un outrage par un camarade, on se retrouve dans une veine bien connue du cinéma indépendant qui sait nous plonger avec réalisme dans les affres du quotidien des ados. Sauf qu’ici, le film se sert d’une situation déjà vue (la grossesse adolescente non désirée, dont l’exemple cinématographique culte reste Juno) pour mettre en lumière le parcours du combattant des concernées pour avoir accès à l’avortement, et les vices d’un système conçu par une société puritaine et hypocrite.

Au-delà de l’impeccable interprétation de Sidney Flanigan, campant une Autumn toute en sensibilité contenue, dont le côté revêche n’attend qu’une marque de bienveillance pour flancher, ce qui bouleverse, c’est le contraste. Entre le quotidien morne, beigeasse, la famille où nul(le) ne semble vraiment se soucier de cette jeune fille taiseuse, et le soutien indéfectible, spontané et silencieux de sa cousine Skylar. Comme si la sororité des jeunes filles se passait de mots et des serments de l’enfance, qu’il y avait face à l’adversité du monde une évidence à se serrer les coudes. Contraste aussi entre les différentes professionnelles auxquelles Autumn est confrontée durant son parcours : l’accueillante de la « clinique des femmes », un genre de planning familial où derrière la gentillesse apparente se cache une féroce idéologie anti-avortement, quitte à manipuler et mentir aux jeunes patientes, et à l’opposée, les personnels médicaux de New York, en particulier la femme qui propose à Autumn de l’accompagner dans les étapes du processus. L’entretien préliminaire à l’acte médical d’interruption volontaire de grossesse constitue la scène la plus forte du film, et lui donne son titre. « Never Rarely Sometimes Always », se sont les propositions de réponses soumises à Autumn lors d’un questionnaire très personnel portant sur les détails de sa vie intime. Certes, l’objectif est de lui apporter de l’aide, mais cet interrogatoire force aussi la jeune fille à se replonger dans des souvenirs visiblement douloureux. Pour les spectateurs/trices, la voir ainsi se décomposer face caméra, c’est se prendre comme un uppercut le rappel que toute jeune femme ou presque aura déjà vécu avant d’être majeure des événements traumatisants de la part d’une société patriarcale qui ne respecte ni la féminité ni l’enfance. Pour confirmer ce ressenti, le film ajoute le personnage de Jasper (Théodore Pellerin), comme un rappel du célèbre men are trash.

Qu’est-ce qui l’emporte à la fin du film ? Le soulagement, l’espoir généré par la bienveillance et la sororité, ou le chagrin de constater que tant de jeunes filles subissent encore aujourd’hui de tels traumatismes dans leur accès à la vie de femme ?

4 commentaires sur “« Never Rarely Sometimes Always », faut-il souffrir pour devenir une femme ?

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  1. Un sujet dont il est important de parler, le film me tente bien merci de nous faire découvrir des films indépendants et moins voyeur que les blockbuster mais surtout bien plus intéressant…

  2. J’adore tes chroniques. J’ai repéré ce film, j’espère pouvoir aller le voir au ciné. J’avais également adoré Juno. Belle journée à toi !🌼🌻

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