« Mia Madre », alea jacta est

affiche-film-mia-madreMargherita est en plein tournage de son nouveau film, avec un acteur américain difficile, alors que sa mère, hospitalisée, vit ses derniers jours…

Je n’avais encore jamais vu de film de Nanni Moretti, et je n’avais pas spécialement d’avis sur la question à vrai dire. Mais depuis quelques temps j’ai commencé à entrevoir que je passais à côté de quelque chose à cause de ma méconnaissance totale du cinéma italien, une impression causée par mon admiration pour Fai bei sogni de Marco Bellocchio, découvert fin 2019.

J’ai pour une fois ignoré le cycle Moretti d’Arte pour choisir plutôt d’emprunter son dernier long-métrage de fiction en date à la médiathèque (moi qui préfère toujours les films les plus récents, n’est-ce pas). Le sujet m’a beaucoup rappelé Une mère incroyable, le film franco-colombien vu pendant le confinement. Comme chez Franco Lolli, on suit une femme déjà mère elle-même qui voit sa mère âgée décliner et doit affronter cette épreuve en même temps que des difficultés remettant en question sa vie professionnelle.

Dans cette histoire de famille, il y a la grand-mère, délicieuse enseignante de latin qui a laissé à ses ancien(ne)s élèves d’extraordinaires souvenirs emplis d’humanité (la gracieuse Giulia Lazzarini), la mère, très directive Margherita (Margherita Buy) qui sous des dehors assurés et presque rustres (à chaque rupture elle demande à l’amant éconduit de « faire preuve de dignité »), se sent perpétuellement incompétente pour gérer les choses de la vie, la fille, la jeune Livia (Beatrice Mancini) qui peine à s’intéresser à l’étude des langues anciennes plutôt qu’aux garçons de son âge. Et le frère, Giovanni (Nanni Moretti himself) qui incarne aux yeux de Margherita une sorte d’efficacité redoutable qu’elle ne parviendra jamais à égaler, lui qui comprend le charabia des médecins et apporte à leur mère des petits plats mitonnés avec amour. Peu à peu, alors que Margherita sent sa maîtrise apparente se fissurer, la réalité se mêle de souvenirs, de rêves et de cauchemars liés à ses relations avec sa famille, de sorte qu’au bout d’un moment on finit par douter : ce que nous voyons est-il en train d’arriver ? Le très grand réalisme avec lequel ces errements de l’esprit sont présentés et a contrario l’étrangeté qui infuse certains plans (le réveil au milieu des eaux, la quête de sa mère de chambre en chambre) brouillent la frontière, faisant basculer dans une impression de malaise qui nous met en empathie avec la protagoniste.

Autre aspect passionnant du film, le métier de cinéaste de Margherita qui nous offre l’opportunité de plonger dans le quotidien d’un tournage. La mise en abyme est relative, car le sujet du film de Margherita, autour du licenciement massif d’ouvriers/ères, n’a rien à voir avec celui de la famille au cœur de Mia Madre. Il reste passionnant d’observer le plateau, les complications qui surgissent de toutes parts, les problèmes techniques (filmer une voiture qui roule de façon naturelle), la barrière de la langue avec l’impossible acteur américain (John Turturro, plus exubérant que dans Gloria Bell mais toujours aussi bon). Toutes les scènes avec Barry sont à mi-chemin entre le malaise le plus total et l’hilarité, tant il est incapable de retenir une seule réplique dans un italien correct. Ces moments apportent une sorte de contre-point à la douleur lancinante du déclin de la mère, l’occasion d’émotions plus explosives pour Margherita, et pour les spectateurs/trices.

3 commentaires sur “« Mia Madre », alea jacta est

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  1. Je suis très contente que tu découvres le cinéma de Moretti et que tu aies aimé ce film que je trouve magnifique !

  2. Un très beau film comme la plupart des films de Moretti. Il y a plusieurs incontournables dans sa filmographie, et notamment La Messe est finie, Journal Intime, Aprile, etc.

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