« Park », libérer l’animal

affiche-film-parkDans les installations des JO d’Athènes qui tombent en ruines, des ados sans but jouent, se battent, se séduisent, et tentent de trouver une échappatoire…

Je ne savais pas grand chose de ce film quand on m’a proposé de le découvrir, simplement que c’était un film grec sur des adolescent(e)s dans les anciennes installations des JO. J’ai trouvé intéressante l’idée de faire de ces infrastructures sportives un décor de cinéma, surtout que je ne savais pas bien ce que cet endroit était devenu depuis 2004.

Là-dessus, le film de Sofia Exarchou apporte une réponse claire, en montrant de près le résultat de la crise qui a durement frappé la Grèce. Il faut d’ailleurs préciser que le film a été tourné il y a déjà assez longtemps, et que cette crise qui a marqué les esprits était beaucoup plus présente au moment du tournage, ce qu’on ressent dans le film à travers la situation des personnages présentés. Les infrastructures rutilantes de Jeux sont devenues des ruines, des espaces abandonnés, livrés à l’énergie dévastatrice des ados désœuvrés. Il y a souvent dans les films sur l’adolescence un mélange de gravité et de légèreté, des reliquats d’enfance ou des îlots de douceur dans les amitiés ou les amours flamboyantes de cet âge qui donnent une lumière particulière même quand les thématiques abordées sont dures. Pas dans Park, qui dresse un constat effrayant. Ces jeunes gens qui squattent les anciens lieux d’entraînement et de compétition, dont l’une était destinée elle-même à une carrière d’athlète écourtée par des blessures, n’ont aucune perspective d’avenir. Le plus âgé, Dimitris, cherche péniblement un emploi, mais les opportunités manquent et il n’est pas suffisamment appliqué et volontaire pour conserver un travail très longtemps. Il y a chez ce groupe, composé de jeunes acteurs amateurs (et de quelques actrices également, mais hormis Dimitra Vlagopoulou on les voit à peine), une sorte de rage du présent. Comme si toute l’énergie qui aurait pu, dans un autre contexte socio-économique, être mise à profit pour devenir adulte, étudier, trouver un emploi, était ici vouée au néant, et donc expulsée sous des formes brutales. La présence des chiens pitbulls, dont les jeunes tentent de s’occuper tant bien que mal, renforce l’impression d’animalité des humains : quelle différence entre ces gamins qui s’empoignent et se tabassent sans raison, et ce chien qui aboie en tirant sur sa chaîne ? C’est la même agitation stérile, qui emplit l’espace de l’écran, captée par une caméra à l’épaule très mobile.

Cette bestialité s’exprime dans tous les aspects des relations entre les personnages : leurs courses et leurs bagarres, leurs jeux absurdes, leurs élans d’anéantissement qui les poussent à fracasser le mobilier restant dans les bâtiments ou à danser jusqu’à épuisement, ivres mort(e)s. Mais aussi leur impossible communication. C’est aussi bien visible entre eux, dans la relation qui se tisse entre Dimitris (Dimitris Kitsos) et Anna, dont les rapports peinent à dépasser une sexualité crue, qu’avec des personnes extérieures à leur cercle comme les touristes (la scène avec Thomas Bo Larsen où la conversation tourne court et s’épuise en hurlements canins).

Sans concessions, Sofia Exarchou dresse le constat très sombre d’une génération perdue qui ne trouve aucun exutoire.

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