« Drôle de père » : « Elsa, je ne t’oublie pas »

affiche-film-drole-de-pereAntoine vient sonner chez son ex pour prendre des nouvelles, mais il tombe mal : l’architecte s’apprête à partir en voyage et la baby-sitter n’arrive pas. Elle lui confie donc sa fille Elsa, 5 ans, « pour quelques minutes »…

C’est mon père qui a découvert ce film très peu médiatisé et qui me l’a suggéré, et comme il connaît assez bien mes goûts, je lui ai fait confiance pour le découvrir. Pourtant je ne suis pas toujours extrêmement friande des histoires mettant en avant des enfants, car il est très délicat de les diriger et le résultat n’est pas toujours convaincant.

Or ici, c’est justement le point fort du film. La réalisatrice Amélie van Elmbt, dont c’est le 2e long-métrage, met en scène sa propre fille, Lina Doillon. L’enfant est de presque chaque plan, et déborde de vie et de présence. D’un naturel ébouriffant, exacerbé par des dialogues qui semblent souvent relever de l’improvisation (quand Antoine lui demande ce qu’elle aime manger par exemple), la jeune actrice crève l’écran et vole la vedette aux adultes. Cette gamine pétillante, créative, vive, et en même temps capable de réflexion et d’intuition m’a rappelé d’autres très beaux films d’enfance comme Amanda ou Tomboy. Mais le défi était d’autant plus important qu’Elsa est vraiment jeune, or son interprète s’en tire comme une pro.

Pour l’entourer, le casting adulte est aussi très bien choisi. Judith Chemla met son sens de la fissure sur le point de s’ouvrir au service d’un personnage de maman solo qui jongle entre sa fille, son travail où elle rencontre le succès et sa vie sentimentale. Thomas Blanchard compose un solitaire que la rencontre avec la petite Elsa va bouleverser dans son mode de vie et son sens des priorités.

Sensible, fin, drôle, le film est d’une grande fraîcheur et questionne l’image de la famille traditionnelle. Cette relation qui se crée entre l’adulte et l’enfant, pas à pas, au gré des activités les plus quotidiennes (faire la cuisine, lire une histoire) comme les plus délirantes (fuguer voir la mer et louer un pédalo à l’esthétique douteuse), est subtile et touchante.

Ce qui m’a particulièrement frappée dans ce film, c’est l’importance des décors et accessoires. Chaque objet a son importance, en particulier le contenu du sac soigneusement préparé par Elsa, qui révèle des trésors qui accompagneront chaque moment de la relation qui se noue, du dictaphone au livre d’histoires en passant par le flacon de vernis. Les appartements d’Antoine et de Camille sont, dans un film qui ne délivre aucune information parlée sur leur caractère ou leur passé, les révélateurs de leurs personnalités. Chez Camille, dans un duplex d’architecte très lumineux, décoré dans des tons clairs harmonieux avec des vitraux délicats, l’amoncellement de jouets et de peluches, les créations originales d’Elsa jusqu’au faux sable au pied de son lit annoncent la couleur : l’enfant unique habituée à jouer seule a fait de l’espace son royaume, avec ses habitants et sa géographie. Chez Antoine, on écoute Led Zeppelin avec des baffles calés entre des albums sur l’art de Warhol, et les ustensiles de cuisine bien rangés côtoient tout un tas de plantes en grande partie comestibles. Chaque lieu a son identité poétique qui correspond à celle de son ou ses habitant(e)s, à un point que j’avais rarement vu au cinéma. Il faut donc saluer le travail minutieux de Laurie Colson et Axelle Le Dauphin pour donner une âme à ses espaces de vie qui en disent plus long que tous les dialogues que le film nous épargne pour se concentrer sur l’essentiel : la naissance d’un instinct paternel.

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