« Les deux Anglaises et le continent », qui de nous deux ?

affiche-film-les-deux-anglaises-et-le-continentClaude rencontre Ann, une jeune Anglaise, fille d’une amie de sa mère. Celle-ci l’invite en vacances au Pays de Galles dans le but de lui présenter sa sœur Muriel, en espérant que tous deux se plaisent…

Movie Challenge 2020 : un film français d’avant 1980 

A priori cette catégorie est facile à compléter car elle laisse un large choix de films. Mais quand comme moi on connaît et apprécie surtout le cinéma post-90, ce n’a pas été si évident de trouver quoi regarder. C’est sur Twitter que j’ai repéré Les deux Anglaises et le continent, un film dont je n’avais jusqu’ici jamais entendu parler. Je remercie donc Boris pour ses captures d’écran alléchantes !

Je n’ai pas eu à chercher loin (le film était dans la DVDthèque paternelle) pour aller découvrir mon 3e Truffaut. J’avais vu il y a longtemps Les 400 coups (même pas en entier) et j’avais été très déçue par Jules et Jim l’année dernière (qui était déjà dans cette catégorie du Movie Challenge d’ailleurs). Mais je n’arrivais pas à me résoudre à ne pas aimer Truffaut, Nouvelle Vague oblige (bon, ma Nouvelle Vague à moi c’est à 90 % Rohmer, ne nous mentons pas).

J’ai nettement préféré ces Deux Anglaises à ce que j’avais vu du cinéaste. D’une part parce qu’esthétiquement, je m’y suis davantage retrouvée que dans son noir et blanc. La verte campagne galloise crée un écrin aux jeux des trois jeunes gens qui s’ébattent dans les herbes hautes, se promènent au bord des falaises, récitent des poèmes sur un rocher, jouent au tennis dans les champs. Il y a une imagerie très britannique à la Jane Eyre, même si le roman d’Henri-Pierre Roché se situe un demi-siècle plus tard. Nous sommes au début du XIXe siècle et nous profitons du délice des tenues d’époque, en particulier celles des deux sœurs, toujours similaires, avec leurs chemisiers blancs brodés et leurs jupes longues.

Ce côté livre d’images romantique est fortement contrebalancé par la narration. L’histoire est racontée par la voix off du réalisateur, extraordinairement monocorde et rapide, comme s’il commentait les courses. Ce décalage produit un effet étrange, pour ma part chaque intervention de ce narrateur m’a fait sortir de l’histoire et en rire, comme s’il s’agissait de dédramatiser les émotions exacerbées des personnages. Pourtant, la réalisation accompagne les crises de langueur et les évanouissements tragiques de Muriel, mais impossible d’y être tout à fait, de ne pas avoir l’impression que le récit est de ceux que nous feraient une connaissance qui dirait « ah tu ne connais pas l’histoire des deux Anglaises ? Je te la fais courte ». On n’est pas si loin de la narration d’Un baiser s’il vous plaît, le cadre de la mise en abîme et le ton en moins.

Sur le fond, l’intérêt majeur du film réside dans ces deux personnages de femme aux tempéraments différents, et dans leur combat pour trouver leur juste place entre la vertu de leur éducation religieuse, leurs désirs et le vent de liberté que Claude a insufflé dans la maisonnée avec ses mœurs « françaises ».

Bref, j’ai passé un bon moment devant ce film sans en être particulièrement émue, même si j’ai beaucoup aimé deux partis-pris de la fin : d’une part, la façon dont Claude sublime sa peine dans l’écriture (finalement, cette histoire avec les Anglaises lui permet d’accomplir son ambition de jeunesse) et d’autre part la résolution de Muriel, bien consciente qu’elle ne peut aimer Claude que de loin sous peine d’essayer de le changer.

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7 commentaires sur “« Les deux Anglaises et le continent », qui de nous deux ?

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  1. C’est un film très personnel pour Truffaut qui sortait d’une dépression après sa rupture avec Catherine Deneuve et avait été amoureux de deux soeurs (Deneuve et Françoise Dorléac). Sa voix off monocorde tient à sa pudeur et sa volonté de dissimuler ses émotions, Truffaut réapprenant à vivre à travers le film comme le personnage de Léaud réapprend à vivre à travers son livre. Comme souvent chez Truffaut (notamment dans L’Enfant sauvage, La Nuit Américaine, La Peau douce), la musique de Georges Delerue est magnifique.

    1. Pour lui c’est peut-être salvateur, mais alors à écouter, cette voix off ! Déjà dans Jules et Jim la voix off m’avait insupportée. J’avoue que la musique ne m’a pas particulièrement frappée, pourtant je suis friande de musiques de films en général.

      1. La voix-off de Truffaut sert également de contrepoint dans L’Enfant sauvage, peut-être son plus beau film (mon préféré). Pareil dans La Nuit américaine, un des plus beaux films jamais réalisés sur le cinéma (et mon deuxième Truffaut préféré). Il faut s’y faire, mais cela fait partie de la découverte du cinéma classique qui est d’une variété presque infinie, chaque grand réalisateur ayant son style particulier. Les musiques de Delerue sont subtiles mais sublimes avec des orchestrations qui lui appartiennent (ce n’est pas l’orchestre symphonique d’un Williams ou les grosses basses d’un Zimmer). Parmi ses plus belles musiques, on trouve La Vie américaine et La Peau de douce pour Truffaut, Le Mépris de Godard évidemment, Cartouche de De Broca, etc.

        1. Certes chaque réalisateur a son style, après chaque style ne correspond pas forcément à toutes les sensibilités. Pour ma part dans la Nouvelle Vague je me sens infiniment plus proche de Rohmer.

          1. Oui, bien sûr, tout dépend de sa sensiblité et si l’on reste dans La nouvelle vague, Chabrol ou Demy, c’est encore différent par exemple. Ce que je voulais dire c’est qu’il y a tellement de sensibilités différentes dans le cinéma classique, bien au-delà de la Nouvelle vague dont l’horizon reste limité, qu’on trouvera toujours chaussure à son pied, et plusieurs paires même.

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