« Riens du tout » : le grand bazar

affiche-film-riens-du-toutM. Lepetit est nommé directeur des Grandes Galeries, un grand magasin en perte de vitesse qu’il a un an pour redresser économiquement. Il constate rapidement que les équipes sont pour le moins dispersées… 

Movie Challenge 2020 : un film choral

Je ne connaissais pas du tout ce film, le premier long-métrage de Cédric Klapisch, deux ans avant Le Péril jeune. Mais comme je suis toujours curieuse d’en savoir plus sur le parcours de mes sympathiques interviewé(e)s, j’ai profité de son passage sur Arte pour le découvrir.

Nous sommes rapidement plongés dans un magasin qui ressemble aux Galeries Lafayette ou au Printemps et porte d’ailleurs le nom de Grandes Galeries. Le bâtiment imposant à plusieurs étages est en quelque sorte le personnage principal, avec ses escaliers imposants aux dorures tape-à-l’œil, ses rayons bien distincts chacun dirigé par un(e) vendeur/euse au tempérament marqué, sa partie administrative localisée dans des couloirs labyrinthiques. La caméra se promène dans cet espace immense pour nous en révéler tous les petits secrets, et le résultat est assez jubilatoire. C’est par le regard du nouveau dirigeant, M. Lepetit (un Fabrice Luchini qui ouvre des yeux ronds sur le monde qu’il découvre) que nous percevons tous les dysfonctionnements de l’entreprise. Les employé(e)s semblent avoir pris leurs aises dans leurs rayons, refusant de conseiller les clients ou les assommant de leurs recommandations, détournant des produits pour leur usage personnel (mention spéciale à Jean-Pierre Darroussin au rayon musique avec une coupe improbable), se crêpant le chignon par coups bas interposés voire de manière aussi directe qu’agressive. C’est un énorme travail de mise en scène et de direction d’acteurs/trices auquel s’attaquait le cinéaste dans ce long-métrage si ambitieux qu’il se perd un peu par moments. Car nous suivons à la fois le directeur mais aussi de très nombreux/ses employé(e)s dans leurs pérégrinations : petits conflits internes, tentatives de séduction, organisation d’événements collectifs plus ou moins autorisés, révolte en germe…

Sur un an, et en une heure et demie, le film aborde beaucoup d’éléments de la vie d’un magasin, qui peuvent être généralisés au monde du travail en général. Le film m’a rappelé Le sens de la fête pour sa figure de patron isolé par rapport à une équipe composée de caractères si différents qu’il est bien difficile de les faire coopérer. On l’observe particulièrement chez les vendeuses en prêt-à-porter, où la guerre fait rage entre la fainéante et poseuse (Karine Viard) et la servile et prétentieuse (Coraly Zahonero). Il y a aussi le trublion Roger (Pierre-Olivier Mornas) qui vient en traînant des pieds, prêt à mettre le feu aux poudres en dissipant les troupes à la moindre occasion.

On observe les techniques de management plus ou moins astucieuses de l’époque : l’activité team building sports extrêmes, la chorale pour retrouver un semblant d’unisson (alors que le titre chanté ne laisse aucun doute sur l’individualisme forcené de chacun), les festivités de Noël…

Très drôle dans les détails (je ne me suis en particulier pas remise de Zinedine Soualem en stagiaire prêt à tout essayer), le film est foncièrement caustique et la conclusion assez désolante quant à l’état d’un monde du travail pour lequel seul compte le profit, et chaque salarié(e) n’est qu’un pion, un de ces « riens du tout » qui donnent à l’œuvre son titre. Presque 30 ans plus tard, le film est toujours d’une cruelle actualité.

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3 commentaires sur “« Riens du tout » : le grand bazar

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  1. J’étais tombée sur ce film il y a quelques années lorsque l’envie m’avait prise de remonter la filmographie de Klapisch, et j’avais adoré ! Encore une fois, je rejoins pleinement ton analyse. Quelle actualité dans le propos, quelle pertinence dans les situations, dans le ton adopté, dans les dialogues, et quelle belle galerie de personnages ! Vraiment une belle découverte, drôle, grinçante, et percutante. Merci pour ce bel article !

    1. Merci encore ! Oui vraiment la filmographie de Klapisch vaut le détour, même si je ne comprends pas qu’on le réduise si souvent à L’auberge espagnole qui est à mes yeux ce qu’il a fait de moins intéressant.

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