« Zurich », ça commence par la fin

affiche-film-zurichNina erre en faisant du stop auprès des routiers depuis le décès de son compagnon Boris qui exerçait lui-même ce métier…

J’ai découvert par hasard juste avant qu’il n’en disparaisse qu’Arte avait mis à disposition ce film, réalisé par Sacha Polak avant Dirty God. J’avais beaucoup apprécié son dernier film ainsi que notre échange, je me suis donc plongée dans celui-ci sans trop savoir ce qui m’attendait.

Il est très difficile de décrire ou de résumé ce long-métrage dont l’originalité majeure réside dans un choix de construction inversée : le film est découpé en deux parties, mais commence par le deuxième chapitre de l’histoire de Nina. Ce qui fait qu’au début nous ne savons pas très bien où nous en sommes, forcément. Cependant le flou n’est pas désagréable, et il y a dans la façon de capter le visage de Nina de très près, avec ses imperfections, ce visage ravagé par la douleur muette qui a forgé un masque de cire ne se craquelant que rarement, quelque chose d’envoûtant. Sacha Polak sait décidément très bien filmer les femmes qui ont souffert des drames indicibles : ici point de séquelle physique comme les brûlures à l’acide de l’héroïne de Dirty God mais une plaie enfouie, secrète, d’un deuil non encore accepté. J’ai trouvé aux deux films pas mal de points communs : la reconstruction par une réappropriation de son corps et de sa féminité, le rapport compliqué à l’enfant, une évolution en dents de scie.

La construction inversée permet de ne pas nous donner d’emblée toutes les informations sur l’épreuve que Nina traverse, ni même sur cette femme. C’est très progressivement que nous apprenons ce qui est arrivé, ce qu’elle faisait comme métier avant, ce qu’était sa vie privée. Et encore, il reste des zones d’ombre, des pièces du puzzle qui semblent s’emboîter mais pourraient aussi bien coïncider autrement, de sorte que le/la spectateur/trice a l’impression d’être vraiment partie prenante dans le visionnage, comme si le film lui demandait de faire l’effort d’analyser les éléments qu’il lui donne, de les combiner à sa guise pour forger un récit qui ne sera peut-être pas tout à fait le même que celui créé par quelqu’un d’autre. C’est très valorisant de se sentir si impliqué dans une histoire, d’avoir une place pour inventer, imaginer, supposer. Mais le corollaire est que Sacha Polak ne nous apporte pas de solution sur un plateau. Jusqu’au bout, nous suivons Nina (la chanteuse néerlandaise Wende Snijders, habitée par son rôle) mais nous finissons par ne plus savoir si le récit s’avance vers sa fin, son début ou son milieu. De sorte que ce qui chronologiquement semblerait être la fin a l’air d’une étape, alors que le film se clôt sur ce qui ressemble furieusement à une fin.

C’est déroutant, mais une façon intéressante de traiter d’un sujet dur, qui rappelle par moments un Félix van Groeningen dans l’art d’éclater le récit pour renforcer les sensations et la perte de repères liées à un drame.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :