« Disparaître », à la gueule du noyé

couverture-livre-disparaitreGrondin, capitaine muté à Nice, doit identifier un mystérieux noyé sans empreintes digitales ni poils ni vêtements. À Paris, dans le quartier des Abbesses, une jeune femme se donne la mort en sautant par la fenêtre…

J’avais entendu parler de Mathieu Menegaux à plusieurs reprises, notamment au sujet d’Un fils parfait qui traitait d’une affaire de manipulation et de violence domestique. J’avais hâte de découvrir cette plume qui a pris pour spécialité de s’emparer de sujets de faits divers pour en faire ressortir l’analyse des travers de notre société qui les rendent possibles.

Je remercie donc mon amie du blog Folavril de m’avoir prêté Disparaître il y a quelques semaines. J’ai entamé ma lecture un peu naïvement, pensant que les éléments allaient s’enchaîner et se mettre en place petit à petit, attendant déjà la scène où tel personnage apprendrait le décès de tel autre, et… j’ai été eue, comme on dit. Parce que mine de rien, l’auteur sème de faux indices et construit habilement son intrigue pour nous laisser nous empêtrer dans nos suppositions pendant quelques chapitres. Pas jusqu’au bout hélas, car un peu comme dans une série policière française, au bout d’un gros tiers du roman, d’une petite moitié tout au plus, on a compris qui est qui et les motifs des décès, dans les grandes lignes.

Il restera tout de même le plaisir de suivre l’enquête de Grondin, avec la curiosité de savoir comment il reconstituera ce que nous, lecteurs/trices, avons compris grâce au surplus d’éléments à notre disposition. L’ensemble se lit vite, avec plaisir, et se consomme vraiment comme un épisode de série (d’ailleurs le roman est publié dans une collection de blanche mais a tout du polar). C’est grâce à la plume habile et précise de Mathieu Menegaux, aussi à l’aise dans la description factuelle d’un cadavre que pour évoquer des deals financiers complexes. Là où l’auteur excelle particulièrement, c’est dans l’infiltration dans les pensées de ses personnages, jamais vraiment sympathiques, toujours lardés de défauts bien de leur temps et de leur condition. Ce sont presque des stéréotypes qu’il anime devant nous comme dans un théâtre de marionnettes jouant une tragédie antique. De la jeune provinciale en manque de confiance à l’homme d’affaires à qui tout a trop réussi, du flic accro à la nicotine à l’épouse plus maline que son conjoint, ces personnages sont autant d’avatars de notre société contemporaine. Et c’est sans doute ce que j’ai préféré dans le récit, la façon qu’il a, à travers ces silhouettes qui nous rappelleront forcément des personnes réelles, de pointer des traits de caractères, des comportements de classe, des règles du jeu socio-économique, qui à leur manière contribuent à générer le drame. Comme si la conjonction de petites turpitudes ordinaires, de lâchetés, de pressions, d’abus de pouvoir, d’orgueil, d’aveuglement, bien alignés comme des astres, aboutissait sans remède à cette histoire fatale.

Il me tarde de découvrir les autres livres de l’auteur, dont les thématiques encore plus ancrées dans les travers de notre société promettent une analyse d’autant plus captivante.

4 commentaires sur “« Disparaître », à la gueule du noyé

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :