« You’re ugly too », la douceur d’aller là-bas vivre ensemble

affiche-film-you-are-ugly-tooÀ la mort de sa mère, Stacey, 11 ans, est confiée à son oncle Will, qui sort de prison. Ils s’installent dans une caravane qui appartenait à la mère de Stacey, dans une province irlandaise reculée…

J’ai repéré ce film in extremis chez Outbuster le jour de sa diffusion gratuite, et en deux lignes de résumé et deux photos, je me suis décidée à lui caser une place dans mon planning chargé. Je ne regrette vraiment pas de ne pas avoir laissé filer ce long-métrage irlandais.

Le film s’inscrit dans un genre assez répandu dans le cinéma indépendant, la trajectoire de vie difficile d’un(e) enfant orphelin(e) (ou séparé(e) de ses parents) qui va devoir trouver sa place entre des adultes pas forcément calibrés pour endosser un costume de tuteur/trice. C’est une veine qu’on trouve régulièrement à Deauville par exemple (Bull, primé cette année, n’en était pas si loin), et qui a déjà donné lieu à de très jolis films tels que le Mary de Marc Webb. En France on pense aussi bien sûr au magnifique Amanda.

La différence majeure avec le film de Mark Noonan, c’est qu’ici le décès de la mère est très vite évacué du tableau. On ne la verra jamais, ni en flashback ni en photo, les circonstances de sa mort resteront très floues et les conversations des protagonistes à son sujet restent assez rares. C’est comme si l’auteur avait voulu couper court à toute possibilité de pathos, une tendance qui se marque également dans la façon de s’exprimer des personnages et la gestion des dialogues : la petite Stacey (Lauren Kinsella, désarmante d’aplomb) a un comportement de « bonhomme », elle a de la répartie, balance des piques à son oncle, utilise des mots vulgaires, crache sur les trottoirs… Pas le genre à s’appesantir d’états d’âme, donc. Quant à Will (Aidan Gillen), bien qu’endurci par la prison, n’ayant pas peur de prendre des coups et doté d’un sérieux sens du sacrifice silencieux, on le sent finalement plus à fleur de peau mais chaque tentative de contact émotionnel est saluée par un trait d’ironie de sa nièce. Le duo compose une famille bancale mais terriblement attachante.

Ce qui surprend, c’est l’incroyable douceur qui émane du film, avec parfois quelques scènes assez comiques. Pour infuser cette tendresse et cette délicatesse, le réalisateur s’appuie sur deux atouts : d’une part, la présence féminine discrète mais capitale d’Émilie (l’actrice belge Erika Sainte, assez régulièrement vue à la télévision en France), en institutrice patiente et amante potentielle, et d’autre part une photographie superbe, nimbée d’une lumière dorée. Tout est sublimé par cet éclairage parfait qui réchauffe la peau pâle de Stacey, fait flamboyer les cheveux d’Émilie, caresse les herbes hautes et les blés de la campagne irlandaise et jusqu’au camion-poubelles conduit par le mari d’Émilie. Il y a de la magie dans cette capacité à montrer la banalité d’un quotidien précaire avec une telle lumière, qui constitue un genre d’opposé à un réalisme social cru façon Ken Loach. Ici même si rien n’est facile et ce jusqu’au bout, il y a toujours l’humour et cet or liquide comme un cocon qui berce les personnages, et nous avec.

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