« L’amour des hommes », la liberté dans l’objectif

affiche-film-l-amour-des-hommesLorsque son compagnon meurt, Amel est soutenue par son beau-père, qui l’encourage à continuer la photographie. La jeune femme se lance dans une série de portraits d’hommes…

J’avais eu envie d’aller voir ce film à sa sortie mais n’en avais pas eu le temps. Je l’avais un peu oublié jusqu’à ce que le Festival d’Aubagne le propose gratuitement en ligne pendant le confinement. Je salue cette très belle initiative (qui a aussi permis à bon nombre de spectateurs/trices de découvrir le magnifique Papicha), qui m’a donné l’occasion de rattraper le film de Mehdi Ben Attia.

Je connaissais assez peu le jeu d’Hafsia Herzi mais j’ai été très convaincue dès les toutes premières images du générique, où l’on découvre la jeune femme en train de se photographier voilée. Sujet de son exposition, ce sont toutes les facettes d’une femme tunisienne d’aujourd’hui qu’Amel incarne, mais sur tous ces clichés, elle semble déguisée. Car qui est cette femme en apparence émancipée ?

La scène dramatique qui entame la narration est un élément déclencheur que je n’avais pas vu venir, et la représentation du deuil m’a semblé à la fois très forte et très fine, en tout cas profondément émouvante, alors même que nous n’avions pu créer aucun lien avec le personnage disparu, ce qui relève du tour de force. L’actrice est à la fois intense et lumineuse, dans son chagrin initial comme dans la renaissance progressive mais relativement rapide qu’elle traverse, comme si son instinct extraordinairement vivant devait prendre le pas sur tout. C’est une vraie héroïne moderne que cette jeune Amel, qui a perdu ses parents jeune, et a dû se construite seule, puis aux côtés de Nabil et des siens. Transfuge dans cette famille qui l’a adoptée, elle se retrouve prise entre son désir d’explorer comme bon lui semble ses idées, et l’emprise bienveillante mais de plus en plus étouffante du beau-père (Raouf Ben Amor).

Ce qui m’a le plus séduit dans le film, ce sont les scènes où Amel fait poser des hommes. Cachée derrière son appareil photo, concentrée, elle n’en est pas moins un aimant qui attise le désir des hommes, et les pousse à s’abandonner à ses directives dans des poses de plus en plus érotiques. Main solide dans un gant de velours, Amel obtient les photos qu’elle souhaite, même si cela peut lui coûter. Car derrière les magnifiques plans du film, qui jouent des ombres et des lumières naturelles et artificielles pour sublimer les corps, la démarche d’Amel perturbe les hommes trop soumis aux conventions. Tantôt considérée comme une provocatrice, tantôt comme un objet de désir, admirée ou victime du qu’en dira-t-on, Amel doit apprendre à tracer son propre chemin, maintenant que Nabil n’est plus à ses côtés pour la soutenir. Si on pouvait la croire déjà émancipée au début de l’intrigue, tout le parcours de la photographe est d’assumer ses ambitions artistiques mais aussi sa personnalité solaire et sa capacité d’indépendance qu’elle met du temps à découvrir.

Au fond, c’est seulement comme modèles obéissants à ses directives, donc presque comme objets, que le personnage incarné par Hafsia Herzi a besoin des hommes. Un message audacieux dans une Tunisie en mutation comme on a pu l’observer à plusieurs reprises au cinéma récemment (par exemple dans Un fils).

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