« L’ombre de Staline » : la vérité à tout prix

affiche-film-l-ombre-de-stalineGareth Jones a réussi à interviewer Hitler en 1933, mais le Premier Ministre Lloyd George refuse d’écouter ses mises en garde. Il décide alors de partir en URSS pour interviewer Staline sur le financement de la mise en place du communisme…

J’avais déjà complété la ligne « un film avec un(e) journaliste » du Movie Challenge 2020 (avec Scandale) quand j’ai entendu parler de L’ombre de Staline et c’est bien dommage, car ce film se révèle parfait pour cette catégorie (si vous ne saviez pas comment la remplir, c’est cadeau).

À l’heure où la condamnation d’Harvey Weinstein, à la suite des révélations nées d’un long travail d’investigation de Ronan Farrow, Megan Twohey et Jodi Kantor, prouve l’importance des journalistes en tant que lanceurs d’alerte, le film d’Agnieszka Holland semble tomber à pic. Cela faisait un moment que le cinéma ne nous avait pas offert une belle figure de journaliste passionné et investi, et Gareth Jones est tout à fait cela.

Nous découvrons le Gallois au moment où il s’apprête à partir pour l’URSS avec la ferme intention de rencontrer Staline, fort de son entretien avec Hitler. Si sa détermination semble un peu naïve, elle va le pousser à déjouer les codes du système pour aller chercher toujours plus loin ce qui l’intéresse par-dessus tout : la vérité.

Le film nous plonge dans une période sombre de l’Histoire, celle des débuts du communisme où tout Européen inquiet de la montée du national-socialisme espérait le système soviétique comme une solution à tout. Ce contre-modèle qui faisait rêver les intellectuels, dont Orwell qui apparaît dans le film en pleine rédaction de La ferme des animaux, dans une mise en perspective qui ajoute à l’intrigue un niveau de profondeur supplémentaire, c’est ce qui intrigue Gareth Jones.

On découvre dans une réalisation soignée aux teintes froides et sombres les arcanes du milieu journalistique en Russie, puis dans un second temps, la réalité terrible de la famine causée en Ukraine par les réquisitions de nourritures ordonnées par Moscou. Cette partie du film à l’atmosphère glaciale, hantée par le chant des enfants hâves, recèle des scènes absolument terribles, dont on pourrait presque critiquer la portée racoleuse, si elles ne contribuaient pas à auréoler Gareth d’un costume de héros. Lanceur d’alerte avant le terme, le fringant rédacteur et interviewer se mue en reporter d’investigation téméraire pour faire éclater la vérité, envers et contre tous. On voit bien chez ses adversaires tout ce qui peut contribuer à déguiser ou taire cette fameuse vérité : les idéaux auxquels on s’accroche à tout prix, les compromissions du quotidien, l’ambition démesurée. Cette ligne est incarnée par Peter Sarsgaard, comme toujours excellent dans les personnages ambigus, aussi doucereux et fourbe que dans Une éducation, et dans une moindre mesure par Vanessa Kirby, dont on aurait aimé voir un peu plus le personnage.

James Norton ne démérite pas en Mr. Jones, qu’il incarne avec une forme d’honnêteté et d’humilité telles qu’il semble s’éclipser derrière les actes de son personnage. La manière de filmer contribue à cet effacement de l’individu derrière sa cause, surimposant le paysage qui défile au visage du journaliste appuyé à la vitre d’un train. Cinématographiquement, le film tient en haleine au point de faire oublier sa longueur, on lui reprochera juste quelques maladresses comme le plan où Jones pédale en accéléré. Et moi qui n’aime pas les biopics, j’admets une certaine frustration de voir la vie de Jones concentrée à cet épisode, et réduite à deux lignes de dénouement écrit en blanc sur noir, là où on aurait pu espérer un plan final beaucoup plus fort qu’une victoire provisoire.

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