« Lara Jenkins » : un jour, un destin

affiche-film-lara-jenkinsLara entame une étrange journée, celle de ses soixante ans. Sur le point de mettre fin à ses jours, elle est sollicitée par des policiers comme témoin d’une perquisition chez son voisin…

De Jan-Ole Gerster, j’avais gardé un excellent souvenir de son premier long-métrage, Oh Boy, qui dans un noir et blanc élégant nous entraînait sur les traces d’un jeune homme confronté à une journée infernale où tout semble conspirer pour l’empêcher de savourer son café. L’air de rien, le film traitait beaucoup de thématiques complexes et passionnantes, à commencer par la relation père-fils.

Ici c’est une relation mère-fils qui est au centre du long-métrage. Lara est brillamment interprétée par Corinna Harfouch, que je ne connaissais pas malgré sa renommée en Allemagne, et qui m’a fait l’effet d’une sorte d’Isabelle Huppert germanique, pour son côté glacé et subtil. Son anniversaire coïncide avec une date importante pour son fils (Tom Schilling, le personnage central de Oh Boy), celle du concert durant lequel il doit interpréter pour la première fois une de ses compositions au piano. Leur relation est faite de non-dits et d’une omniprésence de la mère qui a poussé son fils dans la voie musicale, étant sa professeure.

Comme dans son film précédent (et c’est un hasard car le scénario de Lara Jenkins avait été écrit des années plus tôt par Blaž Kutin), tout le film tient en une journée de la vie de ses personnages berlinois, une seule journée qui peut tout changer. Pour Lara, c’est cet anniversaire qui débute par une intrusion absurde qui la raccroche à la vie avec quelques notes maladroites de La Lettre à Élise. La façon de retranscrire la passion de la musique qui unit les protagonistes est vraiment très belle, car le cinéaste en révèle à la fois la puissance et les affres qui l’accompagnent : le doute, la peur de ne pas être à la hauteur, le regard d’autrui qui peut briser tout élan.

Le film est sinueux et taiseux, il faut accepter de ne pas bien comprendre où l’on va, si c’est la tragédie qui va l’emporter ou non, si Lara est vraiment aussi méchante qu’elle en a l’air ou juste pas douée avec les interactions sociales, ce qui se joue vraiment ce jour-là. Presque jusqu’au bout, le film n’en finit pas de déployer avec subtilité ses thématiques en arcs narratifs. Et si Lara n’est pas attachante, elle suscite une certaine fascination, accentuée par un travail très soigné et élégant de composition des plans.

Dans cette atmosphère plutôt sombre et froide, des notes plus chaudes s’entremêlent comme la présence bienveillante du voisin (André Jung), une conversation père-fils empreinte de maladresse mais d’une envie de bien faire, ou un tube de France Gall comme un écho à la fois décalé et tout à fait approprié.

Toujours aussi séduite par la finesse avec laquelle Jan-Ole Gerster trace des destins en un jour, au gré de rencontres variées créant une tonalité douce-amère, j’espère qu’il continuera de nous enchanter avec la petite musique berlinoise de ses films si singuliers.

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