« Le Caire confidentiel » : les ripoux et la révolution

affiche-film-le-caire-confidentielNoureddine est un flic comme les autres au Caire, récupérant les pots de vin à tour de bras. Mais une affaire de meurtre dans un hôtel va ébranler ses habitudes…

Movie Challenge 2020 : un film qui n’est ni en anglais ni en français

À la sortie de ce film en 2017, on me l’avait si vivement conseillé que je m’en suis souvenue presque 3 ans plus tard en trouvant le film disponible sur le site d’arte (aka ma mine d’or numéro 1 – la numéro 2 étant ma médiathèque chérie et sa plateforme numérique).

J’avais un peu oublié de quoi traitait le film en me lançant dans le visionnage, mais je me souvenais bien qu’on y trouvait Fares Fares en policier, ce qui n’est pas sans rappeler la super quadrilogie danoise des Enquêtes du département V. Cela dit, son personnage est moins solaire qu’Assad, il incarne ici plutôt une déclinaison de Carl Mørck : un flic taiseux, solitaire depuis le drame qui l’a privé de sa femme, renfermé et obstiné. Mais son cynisme et sa capacité à profiter d’un système corrompu à tous les étages se craquellent face à une enquête qui l’ébranle plus que prévu. L’acteur est vraiment captivant dans ce rôle, et l’évolution de son personnage est lente et subtile, d’un flic lambda sans éthique à un homme convaincu que ce système ne peut perdurer.

Pour narrer cette histoire, le Suédois Tarik Saleh nous plonge dans les profondeurs et même les bas-fonds du Caire (en réalité le film est tourné à Casablanca), avec une esthétique léchée de film de gangsters. Les teintes sépia, les ombres et les cadrages sont vraiment très soignés et respirent le mystère. Pas toujours assez pour éviter quelques petites longueurs, mais dans l’ensemble, le film se tient et nous intrigue suffisamment, aidé en cela par une bande-originale soignée et assez obsédante.

Cette trajectoire personnelle que l’on suit du début à la fin du film est habilement croisée avec un propos beaucoup plus sociologique et politique, puisque l’enquête a lieu juste au moment du début de la révolution « printemps arabe » de 2011. Si au début cela ne semble être qu’une coïncidence, qui donne lieu à la scène la plus légère du film, avec un chauffeur de taxi trop bavard, peu à peu les pièces du puzzle s’imbriquent, et les histoires individuelles et collectives se rassemblent, ce qui m’a rappelé Razzia l’an dernier, qui intercalait différentes trajectoires pour dresser le portrait d’une société. Ici, tout ce que l’on découvre de la police et des hautes sphères égyptiennes au fil de l’enquête semble apporter de l’eau au moulin de la contestation, jusqu’à ce que Noureddine lui-même ne se trouve au centre du mouvement. Il y a quelque chose d’assez fascinant dans cet entrelacement progressif d’une enquête vaguement inspirée d’un fait divers mais tournant surtout autour de personnages fictifs et d’un arrière-plan réaliste quasi documentaire dans certains plans. Le tout est orchestré avec intelligence et finesse d’écriture. Un vrai beau film noir social comme on en fait peu.

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3 commentaires sur “« Le Caire confidentiel » : les ripoux et la révolution

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