« Mickey and the bear » : partir ou rester

affiche-film-mickey-and-the-bearMickey, 18 ans, vit avec son père Hank, qui depuis le décès de sa femme Vanessa a totalement perdu pied. La jeune fille gère comme elle peut les addictions et sautes d’humeur de son père…

 Je n’avais pas réussi à voir ce film lors du Festival de Deauville, mais je le regrettais car les quelques photos aperçues me rendaient curieuse. Depuis, j’ai eu l’occasion de découvrir le catalogue de Wayna Pitch avec Une colonie et je dois reconnaître que c’est surtout le fait que le film d’Annabelle Attanasio soit porté par le même distributeur que celui de Geneviève Dulude-de Celles qui m’a convaincue de le regarder.

Il y a d’ailleurs des points communs dans l’atmosphère des deux œuvres : même si Mickey est plus âgée que Mylia, toutes deux grandissent dans un environnement rural modeste et cherchent leur place, sous une caméra réaliste mais capable de créer des ambiances aux couleurs néons ou douces selon les situations, ainsi que de très beaux plans sur les visages des jeunes héroïnes.

Mais Mickey souffre d’un handicap supplémentaire dans sa quête : elle a perdu sa mère de maladie et son père est atteint de troubles psychologiques difficiles à gérer au quotidien. Pour son premier rôle de père, James Badge Dale n’a pas choisi le plus facile mais il s’en sort brillamment, donnant à Hank plusieurs facettes. Bien que traumatisé par la guerre (c’est un ancien Marine) et la perte de son épouse, souvent ivre et accro aux médicaments, Hank est également un beau parleur qui adore faire des plans sur la comète faisant fi de tout réalisme financier, et un farceur qui aime taquiner sa fille. Il a des côtés amusants voire attachants, mais peut tout d’un coup devenir inquiétant au gré d’une réplique. La tension entre lui et sa fille est souvent palpable, ce qui n’entache pas l’amour qui les relie. La relation entre les deux est finement dépeinte, et permet aussi de questionner la place des femmes dans la société américaine rurale du Montana.

En effet, le destin de Mickey semble lié à ses rapports aux hommes qui l’entourent. Il y a certes son père, le plus compliqué à gérer, mais la jeune femme, incarnée avec subtilité par la magnétique Camila Morrone, émouvante dans ses silences, est aussi confrontée à Aron, son petit ami, puis à Wyatt, un nouvel élève arrivé du Royaume-Uni. Chacun à sa manière lui apporte des éléments dans sa quête d’elle-même, mais projette aussi sur elle sa vision des femmes, ses désirs, ses ambitions. Une grande partie des dialogues du film consiste en des projections dans l’avenir de la part de ces hommes qui impliquent Mickey dans leur plan, que ce soit pour lui demander de rester, de ne pas les quitter, de partir avec eux…

On se demande alors qui est l’ours du titre ? Celui que l’on va chasser dans les bois, un des animaux de la boutique de taxidermie où Mickey travaille après les cours ? Ou bien une métaphore du père, qu’on aime comme son nounours d’enfance mais qui peut se révéler dangereux dans des accès de sauvagerie ? Ou bien tout simplement le masculin en général, qui voudrait faire de la jeune fille une boucle d’or dont on profite sans se soucier de sa volonté propre ?

S’il manque parfois un peu de puissance émotionnelle, le film est surtout intéressant pour la finesse de cette réflexion et pour sa jeune actrice montante.

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