« #Jesuislà », men are not nunchi

affiche-film-je-suis-laStéphane discute sur Instagram avec Soo, une artiste coréenne. Sur un coup de tête, il laisse son restaurant à son fils et son employée pour aller rencontrer la jeune femme, profitant de la floraison des cerisiers…

Movie Challenge 2020 : un film avec un caméo de réalisateur

Quand on m’a dit « le réalisateur de La famille Bélier, Alain Chabat et Doona Bae » j’ai eu envie de répondre « Kamoulox ». Rien ne semblait réunir ses trois artistes, mais pourtant c’est le cas autour de ce pitch assez improbable qui voit un quinqua s’envoler loin de son quotidien pour rencontrer une internaute avec laquelle il a à peine échangé quelques conversations. Je craignais vraiment la romcom tirée par les cheveux, je dois l’avouer.

Le début du film semble d’ailleurs préparer cela, nous montrant Stéphane prêt à tout changer dans sa vie : il se met au sport, change de garde-robe, redécore le restaurant familial… Et pendant qu’il s’absorbe dans sa relation virtuelle, il néglige son entourage bien réel, à commencer par ses deux fils (Ilian Bergala, déjà vu dans La famille Bélier et Jules Sagot, du Bureau des légendes). Rien de bien transcendant dans ce début, à commencer par la présence de Blanche Gardin en running gag un peu lourdingue avec son accent du Sud mal tenu et son « Bernard » à tout bout de champ.

Mais le film virevolte d’une humeur à l’autre, et nous entraîne dans une comédie autour du décalage culturel, lorsque Stéphane commence à camper à l’aéroport de Séoul en attendant Soo. Doona Bae a finalement un rôle assez court et faible dans l’intrigue, ce qui est un peu regrettable quand on connaît ses immenses capacités, vues à l’œuvre par exemple dans Sense8. Mais c’est l’occasion pour Alain Chabat de s’en donner à cœur joie dans le rôle du touriste obsédé par Instagram : chaque découverte n’est perçue que comme l’opportunité d’un selfie, donnant tout son sens au hashtag du titre. Le film est assez bon dans le traitement de l’idée du quart d’heure de gloire que les réseaux sociaux peuvent offrir à un(e) inconnu(e), qu’il/elle l’ait cherché ou non. La gestion de l’appli à l’écran est assez bien menée, et toute cette histoire de médiatisation donne lieu à une course-poursuite constituant le seul moment vraiment haletant du film.

Si l’évolution du personnage et la réflexion sur l’importance du présent et de se connecter davantage au réel qu’au virtuel sont prévisibles, ce qui l’était moins, et qui constitue à mon avis le point fort du film, c’est l’idée du nunchi et à quel point le personnage de Stéphane en est dépourvu. Derrière ce concept lié à l’intelligence émotionnelle et à la capacité à saisir et prendre en contre les ressentis d’autrui, on peut lire, plus qu’une différence culturelle, une différence genrée. Stéphane est un homme blanc cishétéro quinquagénaire, et il est un individu assez représentatif de son espèce. Autrement dit : obsédé par ses propres émotions et envies, il ne s’intéresse pas à celles de Soo en profondeur, au point de ne même pas percevoir qu’il la harcèle et lui fait peur. Stéphane, ce n’est pas juste le « sweet man » qu’évoque une inconnue en mode deus ex machina, ça, c’est ce qu’on nous dit pour rassurer tous ceux qui se reconnaîtraient en lui. C’est surtout un homme qu’on n’a pas éduqué à faire preuve d’écoute (on le voit d’ailleurs pendant tout le film, tout son entourage est exaspéré par cette façon de répondre laconiquement ou à côté) et qui a un comportement problématique sans même s’en rendre compte tant cette façon d’agir est ancrée en lui. Il y a 20 ou 30 ans, ce film sur un homme traversant le globe pour rencontrer une inconnue du Net ce serait terminé par un baiser sous les cerisiers en fleurs. Aujourd’hui, l’époque a changé, et je ne suis même pas sûre qu’Éric Lartigau ait pleinement conscience du procès que son film dresse aux hommes qui n’ont pas pris en marche le train de la remise en question de la masculinité toxique. Si, en dépit de quelques jolis plans, le film manque de l’émotion de La famille Bélier, il pourra néanmoins servir d’amorce à des conversations intéressantes. Amenez-y donc les hommes de votre entourage !

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