« Les traducteurs » : whodunit littéraire

affiche-film-les-traducteursUn éditeur enferme 9 traducteurs/trices dans un bunker pour qu’ils travaillent sur le dernier tome de Dédalus, une trilogie à succès. Mais les 10 premières pages fuitent sur le net et le hacker inconnu demande une grosse somme pour ne pas diffuser la suite…

Movie Challenge 2020 : un film sur le monde du travail 

Ce n’est peut-être pas ce genre de film que vous attendiez dans cette catégorie du Movie Challenge, surtout de ma part, moi qui n’ai jamais fait mystère de mon goût pour le film social dans ses plus purs exemples, comme chez Ken Loach, Stéphane Brizé ou Robert Guédiguian. J’aurais pu prendre la plupart de leurs œuvres, que j’aime et respecte infiniment, pour cette catégorie.

Mais si je choisis le film de Régis Roinsard (Populaire), c’est parce qu’il met en lumière un milieu assez peu connu du grand public, celui de l’édition (qu’on a tout de même déjà pu voir dans Doubles vies l’an dernier) et un métier peu habituel au cinéma, traducteur/trice.

Le film est certes avant tout à suspense, à mi-chemin entre l’enquête littéraire façon Le mystère Henri Pick et le whodunit à la Agatha Christie dans la veine du récent Knives Out. Et ça, Régis Roinsard et son équipe technique le font bien, avec une ambiance grise et froide dans le bunker qui s’appesantit au fil des minutes, une lumière de plus en plus basse à mesure que l’étau se resserre et que les conséquences du hacking du roman deviennent cruelles. C’est glauque à souhait, tendu, assez maîtrisé, même si comme souvent j’ai deviné aisément une partie de la fin. Tout de même, la référence à la maîtresse du roman à suspense anglais est assumée avec une certaine élégance.

Il y a une angoisse sourde qui empreint les images et se reflètent sur les physionomies blafardes des personnages, et qui n’empêche pas un certain plaisir des spectateurs/trices, avides de savoir le fin mot de l’histoire. Un peu comme dans la franchise Ocean, on n’a clairement pas envie de se placer du côté de la légalité. Le film use de recettes connues (course-poursuite, retournements de situations, révélations, tensions entre des personnages qui s’entendaient bien initialement…) qu’il allie à une raideur du cadre (les bureaux alignés rappellent furieusement ceux du concours dans Populaire, on sent une certaine obsession du réal pour cette rigidité) qui correspond à celle de l’éditeur, qui a tout prévu pour que tout soit sous son contrôle. Lambert Wilson s’acquitte à merveille de ce rôle de salopard en costard, mais il serait presque éclipsé par le talent de l’équipe internationale des traducteurs/trices. On remarquera particulièrement Olga Kurylenko en apparition fantomatique, Frédéric Chau sérieux comme jamais, Sidse Babett Knudsen et Alex Lawther (sans oublier l’assistante Sara Giraudeau). Ces trois personnages sont à mes yeux les plus captivants du film parce qu’ils incarnent une vraie réflexion sur les métiers de la littérature.

Car sous prétexte de nous divertir, l’enquête nous plonge dans les coulisses des gros succès du monde du livre. Et ce n’est guère reluisant : auteurs/trices et traducteurs/trices sous-payés, exploités, précaires, réduits à des conditions de travail dépendant du bon vouloir de l’éditeur, qui de précaire aussi devient tout-puissant dès lors qu’il a réussi à dénicher un best seller. Au passage on notera la place des femmes dans le milieu, et la tension irrésolvable entre devoir familial et aspirations créatrices. En tant qu’éditrice de formation, je trouve le film d’autant plus intéressant dans ce qu’il met en lumière, même si, rassurez-vous, tous les éditeurs/trices ne sont pas des Angstrom !

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