Festival Premiers Plans d’Angers – vendredi 24 janvier

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Giraffe – long-métrage européen en compétition 

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Dara vient travailler sur la préparation du chantier de construction d’un tunnel reliant le Danemark à l’Allemagne. Elle rencontre un jeune ouvrier polonais avec lequel elle entame une liaison…

J’étais intriguée par ce film au titre mystérieux de la danoise Anna Sofie  Hartmann comme je le suis toujours des émanations de la culture danoise qui parviennent jusqu’à nous. Le film adopte un point de vue étrange, quasi documentaire, et pourtant il s’agit d’une fiction qui suit un personnage principal, incarné par Lisa Loven Kongsli.

J’avoue ne pas avoir tout compris au film qui m’a égarée à plusieurs reprises par ses choix narratifs audacieux : je n’ai par exemple jamais identifié précisément en quoi consistait le travail de Dara. On la voit interroger des personnes dont les travaux vont bouleverser la vie et entraîner l’expulsion (l’entretien avec le couple forcé de laisser détruire au profit d’une autoroute la ferme familiale qu’ils espéraient transmettre à leurs enfants est la plus émouvante du film), photographier des objets trouvés sur les chantiers, faire des recherches sur l’ancienne propriétaire d’une maison qui doit être démolie.

Ce chantier est surtout l’occasion pour Dara d’une rupture avec sa vie habituelle. Isolée, elle a du temps pour réfléchir et se plonger dans les témoignages locaux, qu’ils soient oraux ou écrits, qui produisent une réflexion morcelée sur le « progrès », et ce qu’il détruit sur son passage. Le film est aussi une réflexion sur les souvenirs et les lieux qui y sont attachés.

À cela s’ajoute la relation que nous Dara avec son jeune amant polonais (Jakub Gierszal), qui prend une ampleur insoupçonnée et l’oblige à faire des choix. Il y a une douceur dans ces scènes, comme dans l’ensemble du film, tourné avec des éclairages souvent naturels et subtils et intercalant des plans très contemplatifs comme des respirations dans la réflexion qu’il conduit. Reste le mystère du titre, qui hormis le plan sur l’animal en ouverture, me reste relativement incompréhensible. J’imagine qu’il faut y voir un symbole de la vision d’ensemble de la situation, surplombante, que Dara tente d’acquérir dans son travail, peut-être aussi un éloge de la gracilité.

 

Sans frapper – long-métrage européen en compétition

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Ada Leiris offre son témoignage à dire à 14 intervenant(e)s autour de la question des rapports sexuels désirés ou forcés dans la société patriarcale…

J’étais certaine que ce film serait un long-métrage majeur de la compétition par son sujet fort et sa forme particulière. Devant la caméra d’Alexe Poukine se succèdent quatorze personnes, douze femmes et deux hommes, qui disent, récitent, interprètent, lisent, selon les cas, un texte écrit par Ada Leiris. Au commencement était donc Ada, une jeune femme qui, à 18 ans, s’installe avec une amie en colocation à Lille, rencontre un amoureux, puis est quittée, et se retrouve un soir à dîner chez le copain de sa coloc, qui la met mal à l’aise. Et c’est là que l’indicible arrive. Mais l’indicible, il faut le dire, il faut en parler, c’est le postulat du film qui cherche à explorer ce que toute la société lutte pour taire.

Pour protéger l’autrice de la violence que suscitent les témoignages relatifs aux viols, la réalisatrice a choisi des acteurs/trices mais aussi des non-professionnel(le)s pour porter la voix d’Ada. Le résultat est une mosaïque qui gagne en puissance à mesure que le récit éclaté devient de ce fait universel. Mais plus encore, la réalisatrice a aussi demandé à ses participant(e)s d’évoquer face caméra les effets que leur procurait le texte dit. Et là, les vannes s’ouvrent. Chez certain(e)s, le passé de victime ressurgit, et si la réalisatrice assure avoir été pudique et coupé les récits les plus crus, certaines choses sont toutefois difficiles à entendre en face. Chez d’autres, les deux hommes du film, c’est l’aveu que le texte provoque. Une façon de nous montrer que le violeur n’est pas le monstre qu’on veut en faire pour l’éloigner de la réalité des hommes qui nous entourent. Comme le disait Adèle Haenel, ce ne sont pas des monstres, ce sont des hommes banals, qui n’ont pas toujours eu conscience de leur acte, qui manquaient de repères éducatifs sur le désir mutuel et l’importance de la communication, qui n’avaient pas forcément pleinement leurs facultés au moment de l’acte, mais toutes ces précisions ne les excusent pas. Il n’empêche, leurs voix, certes intéressantes, ne sont qu’une partie du patchwork qui met surtout en avant les femmes, celles qui ont souffert et se sont interrogées sur leur responsabilité, leurs envies, leur capacité à avancer, à ne pas être définies que par ce traumatisme qui ne dit pas toujours son nom. Le film est riche, interrogeant de nombreuses notions, mettant l’accent sur le fait que le viol n’est pas toujours perçu comme tel car trop souvent il a l’image de la violence physique extrême. Hors le pire arrive parfois « sans frapper » c’est-à-dire à la fois sans invitation ni annonce mais aussi sans coups ni menace, par la force de la sidération, de la curiosité, ou simplement d’une voix qui n’a pas dit non, mais qui, plus important, n’a pas dit oui.

Un film majeur qui fait du viol un problème non pas individuel mais sociétal, universel, qui nous touchent tous et toutes de près ou de loin et auquel il faut collectivement s’atteler pour tenter d’éviter la poursuite de ce qu’Alexe Poukine appelle « une épidémie ».

Compte-rendu détaillé de la rencontre avec la réalisatrice à dérouler ici : https://twitter.com/Lilylit_blog/status/1220728908955508742?s=20

Mes Jours de gloire – long-métrage français en compétition

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Adrien Palatine a été un enfant star, mais adulte, les rôles se font plus rares. Alors qu’il auditionne pour jouer de Gaulle jeune, il doit retourner vivre chez ses parents et affronte des problèmes d’érection…

Je dois avouer que quand j’avais repéré la date de sortie de ce film, j’espérais vivement qu’il serait présenté en compétition à Premiers Plans, puisqu’il s’agit du premier long-métrage d’Antoine de Bary, après son court L’enfance d’un chef. Un peu comme Deux Fils l’an dernier à la même époque de l’année, c’est le genre de film qui avait sur le papier tout pour me plaire : un sujet très actuel autour des relations sociales (ici un jeune homme qui s’enferme dans son incapacité à affronter la vie adulte et sombre dans la dépression à mesure qu’il ment à ses proches sur ses ennuis), qui en plus interroge la masculinité, et se paye un joli casting (Vincent Lacoste en tête mais n’oublions pas Noée Abita qui depuis Ava n’en finit pas de m’impressionner et fait vraiment partie à mes yeux des futures grandes actrices françaises).

Je pensais retrouver ma zone de confort cinématographique et on est en plein dedans (avec même un titre de Juliette Armanet dans la bande-originale, ce qui colle encore à mes goûts). Le film n’est pas foncièrement très neuf sur ses thématiques, et le personnage incarné par Vincent Lacoste semble poursuivre le chemin amorcé avec Deux Fils, celui de la difficulté à se placer dans un monde qui attend encore des hommes qu’ils soient « le mâle alpha ». Mais si on lui retrouve dans la dernière demi-heure une part de l’émotion qu’il avait révélé pouvoir transmettre avec Amanda, ce qui m’a davantage étonnée ici c’est à quel point le film réussit à être drôle en dépit d’un sujet plutôt sérieux.

Certes, les jeunes d’aujourd’hui peinent à s’épanouir et Adrien incarne, plus qu’un syndrome de Peter Pan, la dépression rampante qui ronge la génération Y. Mais Antoine de Bary, tout en prenant son sujet au sérieux et à cœur, avec un arc narratif principal en forme de chute, n’en finit pas de placer des changements de rythme, des moments de décalage et de malaise qui créent le rire. Son Adrien est drôle, pas toujours volontairement, mais si on rit de bon cœur de ses pitreries (par exemple avec les pompiers ou au commissariat), on n’a jamais envie de se moquer de ses déboires. Et puis ce tournage sur de Gaulle réserve son lot de ressorts comiques !

Si je devais faire un petit reproche au film, c’est de ne pas aller totalement au bout de sa remise en cause de la masculinité : le rapport au père aurait pu être davantage creusé, et on aurait aimé que la morale soit « jouir c’est bien, mais faire jouir c’est mieux » ! Suggérons donc à Antoine de Bary de transformer l’essai en allant plus loin dans son prochain film !

Compte-rendu de la rencontre avec l’équipe à dérouler ici : https://twitter.com/Lilylit_blog/status/1220775440111017985?s=20

 

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