Festival Premiers Plans d’Angers – mercredi 22 janvier

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Psychobitch – long-métrage européen en compétition

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Marius propose de créer des binômes de révision en espérant se rapprocher de Léa. Mais son professeur lui demande d’aider Frida, une jeune fille marginale qui a tenté de mettre fin à ses jours…

J’aime souvent les chroniques adolescentes pour peu qu’elles fassent preuve de finesse dans l’analyse et la représentation. Ici, Martin Lund nous emmène dans un lycée norvégien réaliste, et met l’accent sur l’importance du regard des pairs dans les choix et la construction de l’identité adolescente. Dès l’ouverture, on voit bien que Frida est à part, que tout le monde, élèves comme personnels éducatifs (et même les parents d’élèves) la considère comme une jeune fille perturbée. Elli Rhiannon Müller Osbourne incarne à merveille cette ado finalement attachante dont les frasques sont moins la preuve d’un problème psychologique que d’une puissance émancipatrice. Face à elle, Marius (Jonas Tidemann) représente la doxa estudiantine, une jeunesse saine, équilibrée ; il a des amis, fait du sport, est apprécié de tout son entourage et tourne autour de la jolie fille sage de la classe. Sous un apparent conflit, Frida s’amuse de la sagesse de son camarade et cherche à le bousculer, à le faire sortir de sa zone de confort et acquérir une dose de liberté. La réalisation est dynamique, même si certaines scènes sont un peu longues, et en dépit de quelques bizarreries au début, la bande-originale est bien choisie, permettant notamment de mettre l’accent sur le rapprochement de Marius et Frida par un jeu dansé. Dans la veine d’Une colonie ou de Jeune Juliette, le film est une ode à la découverte de son moi profond et à l’affirmation de sa différence.

Deux – long-métrage français en compétition

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Mado et Nina sont officiellement voisines, mais secrètement en couple depuis 20 ans. Alors que Mado doit annoncer à ses enfants son déménagement à Rome avec sa compagne, elle fait un AVC…

Avoir manqué le film de Filippo Meneghetti lors du Festival Chéries-Chéris 2019 était un de mes grands regrets, mais grâce au Festival Premiers Plans j’ai enfin pu le découvrir. Les films sur l’amour au troisième âge sont assez rares (le seul exemple qui me vient sur les dernières années est Amour de Haneke), et les romances lesbiennes également (même si 2019 nous a gratifiés du fabuleux Portrait de la jeune fille en feu). Alors un film qui met en scène un couple de femmes septuagénaires, c’est une audace qui mérite le déplacement. L’ouverture du film nous présente une mystérieuse partie de cache-cache, qui reviendra sous forme de rêve ou de présage dans le film et qui résume assez bien la situation qui se met en place entre Mado et Nina d’une part et la famille de Mado de l’autre. Alors que le film démarre dans une lumière chaleureuse et la sensualité de ritournelles italiennes (on note en particulier l’obsédante Sul mio carro), il vire peu à peu à une ambiance de tension croissante proche du thriller, à mesure que le secret de Mado et Nina les sépare et les oblige à trouver des stratagèmes pour se rejoindre. Martine Chevallier et Barbara Sukowa sont extraordinaires toutes deux, l’une de grâce et d’empêchement, de crainte de voir ses enfants lui tourner le dos en révélant ses sentiments, l’autre de volcanisme et de détermination à faire admettre au monde qu’elle est la meilleure personne pour redonner goût à la vie à son amoureuse. Magistralement interprété, le film bénéficie aussi d’une mise en scène intéressante qui fonctionne beaucoup par regard empêché, d’une pièce à l’autre, par l’œilleton d’une porte. Romantique et romanesque, le long-métrage de Filippo Meneghetti a de quoi marquer les esprits.

Ivana the terrible – long-métrage européen en compétition

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Ivana, actrice en Roumanie, se sent mal et décide de rentrer dans sa ville d’origine, à Kladovo, en Serbie. Le maire lui demande d’être la marraine d’un festival local…

Je connais très mal les cinémas roumain et serbe et ce film était pour moi l’occasion d’une vraie découverte. Il est particulier à plusieurs niveaux. D’une part, il est en grande partie autobiographique : l’actrice et réalisatrice Ivana Mladenović joue son propre rôle, ainsi que sa famille. C’est lors de vacances dans sa ville d’origine pour comprendre une crise existentielle qu’elle traversait qu’elle a eu l’idée de ce film quasi documentaire. Pourtant monté comme une fiction, à tendance comédie, le long-métrage est une exploration de ses doutes et de ses angoisses qui se manifestent par une profonde hypocondrie. Corollaire de ce côté exploratoire intime, le film ne raconte pas grand-chose et n’a pas d’intrigue à proprement parler, on suit juste les errances d’Ivana et ses rapports, souvent conflictuels, avec son entourage. Esthétiquement, le film est très coloré mais en même temps assez doux dans sa lumière, avec un grain vintage séduisant. On est dans une veine très indé, presque amatrice, qui peut toucher même si parfois on a du mal à se sentir impliqué(e) en temps que spectateur/trice dans les histoires d’Ivana. On sent que les relations entre Roumanie et Serbie sont également un enjeu mais le film est assez peu explicatif sur le sujet pour qui ne connaîtrait pas bien la situation dans ces pays. Un regard très personnel qui n’embarquera pas tout le monde.

La bonne épouse – hors compétition

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Paulette Van der Beck tient avec son mari, sa belle-sœur et une employée religieuse une école ménagère réputée d’Alsace. Mais à l’aube de mai 68, une nouvelle promotion d’élèves risque de faire évoluer l’institution…

Pour être honnête, je n’étais pas bien sûre d’aller voir ce film. Je ne connaissais que de nom Martin Provost, et j’avais peur que son sujet, l’éducation des filles dans les années 60 pour en faire de parfaites épouses soumises, ne soit trop piégeux. Comment faire un film sur un sujet aussi rétrograde et dépassé à l’ère où la charge mentale est enfin reconnue comme un sujet majeur ?

Comment ? Eh bien par le prisme de la comédie. Dès l’ouverture, qui montre les femmes de l’établissement en plein préparatifs de la rentrée, on rit copieusement. Yolande Moreau en vieille fille fan d’Adamo qui rêve seule dans sa chambre à l’amour qu’elle n’a pas connu et Noémie Lvovsky en religieuse intransigeante paniquée par l’arrivée des communistes composent des personnages presque de bande dessinée, outrés juste ce qu’il faut pour déclencher l’hilarité d’une salle. Face à elles, Juliette Binoche est l’atout principal du film, car c’est surtout la trajectoire de Paulette qui est édifiante dans ce long-métrage qui tourne rapidement à la fable émancipatrice.

Les jeunes pensionnaires font souffler un vent frais sur l’école, incarnant des problématiques très neuves pour l’époque : désir d’émancipation sexuelle, angoisse du mariage, homosexualité… Lily Taïeb, Anamaria Vartolomei, Pauline Briand et Marie Zabukovec composent un quatuor plein de peps et assez réussi, même si leurs arcs narratifs restent secondaires. On aime en particulier la scène récréative entre roudoudous, émission de radio libre et choré sur du Joe Dassin.

Mais l’intérêt premier, c’est l’évolution d’une Paulette qu’un drame et une rencontre inattendue vont pousser à reconsidérer tous les principes patriarcaux sur lesquels sa vie et sa carrière étaient battis. Il y a quelque chose d’extrêmement réjouissant dans sa découverte passionnée de la comptabilité, et dans son affranchissement radical. La fin du film rappelle Sur quel pied danser pour le mélange d’engagement et de joie éclatant à l’écran, même si la chanson aurait pu être plus réussie. Si vous n’êtes pas encore convaincu(e)s, allez-y au moins pour la référence d’Édouard Baer à son célèbre monologue d’Otis. Je ne vous dis que ça !

Pas toujours très subtil dans ses messages, le film de Martin Provost a toutefois un grand mérite : celui de les asséner clairement dans un genre très grand public qui a une chance d’éveiller des consciences.

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